lundi 23 mars 2009

Un amour affranchi ... 10e partie


- Tu as fait quoi?

Laurence était estomaqué.

-Mélanie, pourquoi as-tu fait ça? De quoi vais-je avoir l’air maintenant? Elle va croire que je t’ai demandé d’aller lui parler.

Il ne savait plus que dire. Comment Mélanie avait-elle pu lui faire cela? Éva le prendrait pour un pleutre, un incapable qui doit recourir à une amie pour plaider sa cause.

- Écoute Mélanie, j’ai besoin de réfléchir à tout ça. Non, je ne t’en veux pas. Mais j’aurais préféré que tu ne t’en mêles pas. Oui… je te rappelle.

Laurence raccrocha un peu brusquement. Mais qu’avait-elle eu besoin d’aller parler à Éva? Il savait bien que cela partait d’une bonne intention et qu’elle ne voulait pas lui nuire. Mais il pressentait qu’au contraire, Mélanie avait irrémédiablement gâché ses dernières chances qu’il avait de se racheter.

Il avait besoin de prendre l’air, il avait l’impression de suffoquer. Laurence sortit dans la tiédeur de cette fin d’après-midi automnale. Instinctivement, il se dirigea vers le boisé, ses pas le guidant sur le sentier de son enfance. Il se souvint du plaisir qu’il avait eu à grimper aux arbres, à construire des cabanes de branchage et à pêcher dans le ruisseau qui, à cette époque lui semblait aussi large qu’une rivière.

Il ralentit le pas et s’adossa au grand saule qui poussait près de la piste. Le sous-bois était saturé du parfum des feuilles en décomposition et de la résine des arbres. Ses pensées s’envolèrent vers cette femme qu’il n’arrivait pas à oublier. Il revoyait sa chevelure cuivrée, ses traits fins et sa silhouette élancée. La première fois qu’il l’avait aperçue, c’était peu après son retour au pays. Il était attablé dans un café avec son père. C’était tôt le matin et le ciel sans nuage annonçait une journée particulièrement chaude. À la radio, on avait repassé un vieux succès de la star italienne Eros Ramazzotti qui chantait avec Tina Turner. Il se rappelait encore du frisson qu’il avait ressenti lorsque le duo avait hurlé « I just can’t stop thinking of you ». Laurence s’en souvenait parce que c’était exactement à ce moment qu’Éva était apparue de l’autre côté de la rue… Il avait été subjugué par sa démarche, par son allure féline. À partir de ce jour, il l’avait croisée à maintes reprises, comme si la vie s’entêtait à la placer sur sa route.

Comme des feuilles sous le vent, les pensées de Laurence s’envolèrent et ce sont des images moins heureuses qui vinrent flotter dans son esprit. Il revit le regard d’Éva, surpris et déçu, lorsqu’elle avait été témoin du baiser qu’il avait échangé avec Mélanie, la nuit où le hasard s’était amusé à jouer les trouble-fêtes.

Comment avait-il pu être bête au point de croire qu’Éva allait répondre sans tarder à sa lettre alors qu’il était resté dans le vague, préférant écrire ses initiales plutôt que de révéler immédiatement son identité. Quel prétentieux il avait été. Croyait-il que dès qu’il souriait à une jolie femme, elle s’empressait de faire une enquête pour savoir qui il était? Si au moins il avait su qu’elle s’était absentée plusieurs jours, peut-être aurait-il été plus patient? Au lieu de cela, il était passé à un cheveu de choisir Mélanie alors qu’il ne rêvait que d’Éva.

Laurence se remit en marche et bientôt il atteignit la clairière que traversait le ruisseau de son enfance. Comme il le faisait jadis, alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon, il s’assit sur la grosse pierre plate qui était là depuis toujours. Longtemps, il regarda l’eau glisser sur les pierres moussues et se laissa bercer par son murmure apaisant.

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- Oups! Lâcha Mélanie. Il semblait que Laurence n’avait pas du tout apprécié son intervention auprès d’Éva. Malgré tout, elle ne s’en faisait pas; il ne lui tiendrait pas rigueur de son initiative. Au fil de leurs rencontres, elle avait appris à le connaître et il n’était pas homme à lui en vouloir pour si peu.

Dès qu’elle l’avait revu, à son retour au pays, Mélanie était tombée sous le charme de Laurence. Les années l’avaient rendu encore plus séduisant. Grand et mince, il avait la taille fine et de solides épaules. Avec sa tignasse brune et bouclée que lui enviaient ses amis, il ne passait pas inaperçu. Outre ses atouts physiques, Mélanie percevait chez lui une force et une sérénité qui ne la laissaient pas indifférente. Son assurance bien dosée, son humilité et son sens de l’humour en faisaient un compagnon agréable.

Au départ, si elle s’était sentie rejetée, Mélanie se félicitait maintenant de s’être liée d’amitié avec Laurence. Avec lui, elle pouvait discuter de tous les sujets; elle aimait aussi sa façon de la taquiner, même lorsqu’il évoquait ses conquêtes qu’il qualifiait de considérables et d’éphémères.

Mélanie n’était pas jalouse. D’ailleurs, elle comprenait que Laurence ait été attiré par Éva. Intuitivement, elle sentait qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. C’était d’ailleurs ce qui l’avait poussée, ce matin même, à jouer les entremetteuses.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre. Il était près de 18h. Ce soir, elle sortirait sans Laurence; d'ailleurs, il valait mieux qu’elle se fasse oublier pour un moment. Qui sait, peut-être se déciderait-il enfin à parler à Éva? Ou du moins à lui téléphoner ou encore à lui écrire. Il était assez grand pour savoir ce qu’il avait à faire. Pour sa part, elle avait d’autres chats à fouetter. Notamment, ce beau spécimen d’homo sapiens qu’elle avait aperçu au gym. Une enquête discrète lui avait appris qu’il s’agissait du propriétaire de la nouvelle galerie d’art qui allait ouvrir ses portes la semaine suivante. Ses sources, par ailleurs très sures, lui avaient confirmé qu’il était célibataire, qu’il avait la garde de sa fille âgée de 15 ans une fin de semaine sur deux et qu’il était certifié 100% hétérosexuel.

C’est le cœur léger que Mélanie retoucha son maquillage et qu’elle enfila cette petite robe bleue qui, elle le savait, faisait tourner toutes les têtes

- Voyons voir… dit Mélanie, s’adressant à son reflet dans le miroir. C’est vendredi et il fait un temps magnifique. Que pourrait faire d’autre un galeriste nouvellement arrivé dans le coin, que d’aller prendre le pouls de sa future clientèle sur la terrasse la plus populaire en ville?

Vous ne serez pas étonnés d’apprendre, chers lecteurs, que, bien avant la tombée de la nuit, Mélanie avait déjà reçu une invitation pour l’inauguration de la galerie d’art et ce, des mains mêmes d’un galeriste totalement obnubilé…

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La journée avait été longue. Éva avait rencontré quatre clients et tenté de terminer un dossier de contre-offre pour une des propriétés qu’on lui avait confiée. Elle avait eu du mal à se concentrer, se repassant en boucle la conversation qu’elle avait eue le matin même avec Mélanie. Cela s’était passé si rapidement qu’elle avait l’impression d’avoir rêvé ou imaginé tout ça.

Depuis des semaines, Éva s’était faite à l’idée que Laurence et Mélanie se fréquentaient. Dans les petits patelins, les rumeurs se propagent à la vitesse grand V et elle avait entendu des collègues de travail prétendre que la croqueuse d’hommes avait fait une nouvelle victime. Jamais elle n’avait songé qu’ils pouvaient n’être que des amis.

Qu’allait-elle faire maintenant? Se demandait Éva. Est-ce que Mélanie avait dit vrai? Si oui, pourquoi Laurence n’était-il pas venu lui parler lui-même? Devait-elle provoquer une rencontre? Mais comment? Où? Et si elle lui écrivait? A moins qu’elle …

- Éva! Hou! Hou! Tu es dans la lune ou quoi? Dit une voix qui venait de l’embrasure de la porte.

- Oh! Pardonne-moi Julie, j’avais l’esprit ailleurs.

- Comme il fait beau, on a décidé, tout le monde, d’aller prendre un verre sur une terrasse. Tu viens avec nous? Profites-en, le boss a promis une tournée!

- Un verre? Sur une terrasse? C’est gentil. Mais non, désolée, je suis vraiment crevée et j’ai envie de rentrer. Une autre fois, promis.

- Tu es sûre que tu vas bien toi? T’as un drôle d’air!

- Oui, je t’assure. J’ai trouvé la semaine difficile. Allez, je file, on se reverra lundi!

Et c’est ainsi qu’Éva prit la direction de sa maison. Elle savait qu’elle aurait dû accepter l’invitation, mais elle préférait se retrouver seule. Elle avait besoin de réfléchir.

En arrivant chez elle, elle enfila son vieux jean et un chemisier qui avait connu de meilleurs jours. Un instant plus tard, elle ressortait dans le jardin sous un soleil encore chaud. Par réflexe, elle se dirigea vers le sentier qui, au bout du terrain, s’allongeait et serpentait sous les arbres.

Comme elle aimait le parfum de l’automne, ses coloris et le bruit des feuilles mortes sous ses pas. Elle s’arrêta un instant, savourant la quiétude du sous-bois. Tout était si calme; des mésanges voletaient d’arbre en arbre en pépiant, leurs chants se répercutant dans la forêt silencieuse.

Éva entendit la rumeur du ruisseau avant de l’atteindre. Il y avait un moment qu’elle n’était venue méditer à ses abords. Il lui arrivait d’y passer de longues minutes, sans rien faire d’autre que de s’abimer dans la contemplation de l’eau en mouvement. Elle se délestait alors de ses soucis et de ses peurs, que le courant emportait bien loin. Le murmure de la cascatelle bondissant sur son lit de pierres, finissait toujours par la réconforter.

Elle venait de s’asseoir dans l’herbe lorsque soudain, elle perçut un mouvement sur l’autre rive, à quelques mètres à peine. Elle se releva d’un bond et s’apprêtait à faire demi-tour lorsque …

-Ne partez pas… Éva, attends… s’il te plait.

Le cœur battant, Éva s’immobilisa.

samedi 21 mars 2009

Un amour affranchi ... 9e partie


Les semaines passèrent et la vie reprit son cours. L’automne, petit à petit, se mit à colorer le panorama d’or et de pourpre et, malgré le temps encore doux, rappela à chacun que l’été tirait à sa fin.

Éva, que la disparition de Laure avait beaucoup affectée, se jeta dans le travail, n’ayant trouvé rien de mieux pour escamoter cette perte douloureuse. Il ne se passait pas un jour sans qu’elle ne pense à sa tante; qu’elle ne revoit la femme forte et aimante qu’elle avait été.

Quant à Laurence, Éva avait tenté d’oublier jusqu’à son existence et avait sommé France de ne plus jamais lui parler de cet homme. Questionnée, elle avait refusé de lui raconter ce qui s’était passé la nuit de son retour. Le coup de griffe qu’elle avait ressenti avait non seulement égratigné son amour propre, mais avait aussi écorché son cœur. Elle se trouvait idiote d’en faire un tel plat et décréta que dorénavant, elle avait mieux à faire que de croire aux contes de fées.

Néanmoins, elle chercha à éviter de le croiser et, pour ce faire, modifia sensiblement ses habitudes. Malgré tout, elle l’aperçut à quelques reprises et comble de l’ironie, chaque fois, il était en compagnie de Mélanie. Éva arriva presque à se persuader que cela la laissait indifférente et que la tristesse qu’elle ressentait venait du deuil récent qui l’affectait encore.

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Laurence avait revu Mélanie plus d’une fois depuis cette nuit où ils avaient échangé un baiser. Derrière une apparence hautaine, il avait découvert une femme drôle, sincère et attachante. Le lendemain de leur rencontre, il lui avait téléphoné pour l’inviter à luncher; il lui devait des explications. Et c’est ainsi que Laurence lui avoua que, malgré qu’il la trouvait séduisante, il était attiré par une autre femme.

Mélanie avait accusé le coup, stoïque, et n’avait rien laissé voir de sa déception. Malgré son ego douché, elle avait prêté une oreille attentive aux confidences de Laurence. Au début, si la curiosité l’avait menée, la sympathie avait vite pris le pas. À la lueur qui s’était allumée dans les yeux de l’homme lorsqu’il avait évoqué celle qui faisait battre son cœur, Mélanie avait pu mesurer l’attrait qu’Éva suscitait auprès de Laurence. Et les regrets, lorsqu’il avait relaté l’incident du baiser.

Au fil des aveux qu'il lui avait faits, Mélanie avait compris qu’il ne lui appartiendrait jamais. Et si elle aimait séduire, elle exigeait d’être préférée. Un rôle de second plan ne l’intéressait aucunement. Alors, la croqueuse d’hommes avait cédé la place à l’amie compréhensive qu’elle savait être, et avait écouté Laurence lui raconter l’idylle qu’il avait bêtement sabotée.

Et ce fut ainsi, alors que rien n’aurait pu le laisser présager, que Mélanie et Laurence étaient devenus amis.

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Depuis un moment, Éva avait ses habitudes à la crêperie qui se trouvait à deux pas de son travail; elle aimait y prendre son petit déjeuner en feuilletant le journal et en sirotant un café. Elle avait jeté son dévolu sur la table au fond, près de la baie vitrée. Le parc, encore désert à cette heure du jour, offrait un spectacle apaisant. Les oiseaux et les écureuils s’y donnaient rendez-vous en toute saison, insensibles aux préoccupations des humains dont ils se méfiaient un peu.

Ce matin là était semblable aux autres. Un café à la main, l’autre tournant nonchalamment les pages du quotidien qui alternait les nouvelles, bonnes et mauvaises, elle attendait qu’on lui apporte le plat qu’elle avait commandé. Une silhouette se dressa devant elle et Éva crut qu’on venait lui servir son déjeuner. Son sourire se figea lorsqu’elle reconnut celle qui se tenait juste là, près de sa table.

- Je peux m’asseoir un instant?

Éva n’eut pas le temps de répondre que déjà Mélanie, hélas resplendissante, prenait place. Sans préambule, elle alla droit au but.

-Éva… Je peux te tutoyer n’est-ce pas? Alors voilà, je n’irai pas par quatre chemins. Laurence et moi sommes des amis. Rien d’autre. Oui, je sais, tu nous as vus nous embrasser. Mais c’était un accident. Enfin, ce que je veux dire, c’est que c’est moi qui me suis jetée sur lui et, il a fallu que tu passes juste à ce moment-là. Tu dois savoir qu’il ne s’est jamais rien passé entre lui et moi à part ce baiser. Et tu voudras sans doute savoir pourquoi? Pour une seule raison. Parce qu’il te voit dans sa soupe. Voilà pourquoi. Alors, s’il te plait, laisse-lui une chance.

- Mais … balbutia Éva.

- Ah oui, c’est important que tu saches que Laurence ne m’a pas demandé d’intercéder en sa faveur. Moi-même je n’y avais pas songé avant de t’apercevoir il y a un instant.

- Euh… écoute Mélanie. Je … je ne sais que dire …

- Tant mieux car vois-tu, je suis déjà en retard. Je dois y aller. Une transaction importante que j’ai bien l’intention de conclure. Allez, ciao!

Abasourdie, Éva tenta de reprendre ses esprits. Est-ce que Mélanie était vraiment venue lui parler de Laurence? De tous les scénarios qu’elle avait pu concevoir, c’est le seul qu’elle n’avait pas envisagé.

Perdue dans ses réflexions, elle sursauta lorsqu’on lui apporta son petit déjeuner auquel, finalement, elle toucha à peine.

Éva ne savait plus que penser…

lundi 16 mars 2009

Un amour affranchi ... 8e partie


Laurence était déçu. Cela faisait deux semaines qu’il avait déposé l’enveloppe dans la boite aux lettres d’Éva. Depuis, il ne l’avait aperçue qu’une seule fois. Il en était à se demander si elle l’évitait.

Ce soir-là, sans trop savoir pourquoi, Laurence avait le cafard. C’était vendredi et il tournait en rond. Il avait bien tenté de rejoindre Paul, mais n’avait obtenu aucune réponse, ni chez lui, ni sur son cellulaire. Chez ses amis, il était tombé sur des boites vocales.

Laurence avait besoin de prendre l’air et de voir du monde. Une micro-brasserie avait récemment ouvert ses portes dans l’ancienne gare, à côté du terminus d’autobus. Il y était allé une fois ou deux et avait beaucoup aimé l’ambiance qui lui avait rappelé celle des pubs anglais. Il décida d’aller y faire un tour.

Après avoir poussé la porte du bistrot, Laurence balaya la place des yeux, espérant voir des visages familiers. Plusieurs tables étaient déjà occupées et il préféra s’installer au bar. Il était encore tôt; sans doute finirait-il par rencontrer des amis ou, du moins, des connaissances.

Il en était à sa première bière lorsque, derrière lui, une voix s’exclama:

-Laurence! Salut! Comment vas-tu? Tu es seul?

Avant même de se retourner, Laurence devina qui l’interpellait avec tant d’enthousiasme.

- Mélanie! Bonsoir. Je vais très bien, et toi?

- Tu es seul, réitéra Mélanie?

- Comme tu vois, oui.

- Alors, je peux t’accompagner?

Sans attendre la réponse, la jeune femme cala ses fesses sur le tabouret aux côtés de Laurence. Gentleman, il lui offrit une consommation et l’écouta lui raconter par le menu détail, la transaction qu’elle avait conclue au début de l’après-midi. Le temps passa et la blonde, très en verve, s’incrusta. Elle accepta un second verre, puis s’en commanda un troisième qui fut suivi d’un quatrième.

Il était minuit à peine lorsque Mélanie s’aperçut qu’elle commençait à être ivre. Il était temps pour elle de rentrer. Si l’alcool ralentissait ses réflexes, il n’avait aucun effet sur ses capacités stratégiques. Ainsi, malgré qu’elle se savait hors d’état de conduire, elle laissa croire à Laurence qu’elle comptait utiliser sa voiture pour retourner chez elle. Comme elle s’y attendait, il s’y opposa. Il ne lui restait plus qu’à lui demander de la raccompagner. Sur le moment, Laurence n’en eut pas vraiment envie. Il aurait souhaité que la soirée se déroule différemment. Il avait espéré, sans trop y croire, apercevoir Éva. Il ne savait trop que faire. D’un autre côté, Mélanie se faisait de plus en plus câline et ses intentions étaient sans équivoque. Soudain, Laurence chassa ses réticences; après tout, pourquoi refuserait-il les avances de cette femme qui, sans vraiment lui plaire, ne lui déplaisait pas? Si Éva ne daignait pas lui répondre, n’était-ce pas parce qu’elle ne ressentait aucun intérêt pour lui? Sinon, pourquoi ce silence? D’ailleurs, elle connaissait son identité; France le lui avait confié.

Alors, peut-être par dépit, peut-être pour assouvir ce besoin qui se faisait pressant, Laurence accepta de reconduire Mélanie chez elle. Pendant qu’ils se dirigeaient vers sa voiture, stationnée non loin, Laurence sentait le poids de la jeune femme qui s'accrochait à son bras. Il l’aida à monter puis, au moment où il s’apprêtait à démarrer, elle se pencha vers lui et posa ses lèvres sur celles de Laurence qui, le moment de surprise passé, ne fit rien pour la repousser.

Des lueurs de phares interrompirent leur baiser brûlant. Laurence tourna la tête; son pouls qui n’avait que peu réagi à l’étreinte de sa compagne, s’accéléra lorsqu’il reconnut la silhouette qui passait devant sa voiture. Comme au cinéma, le temps sembla s’arrêter pendant l’interminable seconde durant laquelle son regard croisa celui d’Éva. Impuissant, il la regarda se diriger au fond du stationnement puis monter dans une voiture et démarrer en trombe. Au bout de la rue, les feux arrière barbouillèrent la nuit de rouge, avant de disparaître.

Laurence irait reconduire Mélanie, il lui avait promis. Toutefois, le désir qui le tenaillait plus tôt avait disparu; il aiderait la jeune femme à rentrer chez elle, mais il refuserait son invitation. Il s’en retournerait chez lui, seul. Soudain, une immense frustration le submergea, quelque chose qui ressemblait à s’y méprendre à du chagrin. Les mains crispées sur le volant, Laurence se traita de crétin, de triple idiot et de bien d’autres qualificatifs disgracieux.

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Lorsqu’elle descendit de l’autobus, Éva se sentait plus légère. Durant le trajet qui avait duré près d’une heure, elle s’était permis de rêver. Elle s’était demandé comment se passerait sa première rencontre avec Laurence. Elle tentait d’imaginer sa voix, la couleur de ses yeux.

En se dirigeant vers sa voiture qui était garée dans le stationnement réservé aux clients du terminus, elle chantonnait tout bas. La semaine qu’elle venait de passer avait été éprouvante et il lui tardait de se retrouver chez elle, de prendre Oscar dans ses bras et de se faire couler un bain chaud.

Perdue dans ses pensées, Éva sursauta. Une voiture venait derrière elle, l’obligeant à s’écarter pour la laisser passer. La lueur des phares balaya le pare-brise du véhicule devant lequel elle s’était arrêtée, éclairant brièvement un couple qui, à l’intérieur, échangeait un baiser. Juste au moment où elle allait poursuivre son chemin, le regard de l’homme intercepta le sien. Éva tressaillit. C’était lui. C’était Laurence. Ses yeux glissèrent vers la passagère et ce fut sans réelle surprise qu’elle reconnut Mélanie.

Terriblement déçue, le cœur cognant trop fort dans sa poitrine, Éva dut se maîtriser pour ne pas courir vers sa voiture. Les quinze minutes qu’il lui fallut pour se rendre chez elle lui parurent horriblement longues. Lorsqu’elle s’engagea sur le chemin qui menait à sa maison, elle stoppa et fit marche arrière. De son sac, elle sortit quelque chose, puis descendit de son véhicule et se dirigea vers le bac à déchets qui attendait d’être délivré de son contenu. La jeune femme fit basculer le couvercle et, les mains encore tremblantes, elle déchira la carte postale bleue et jeta les morceaux aux ordures, en même temps que ses rêves romantiques. Éva se promit qu’on ne la reprendrait plus à ce jeu.

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Le destin a parfois un curieux sens de l’humour. À moins que ce ne soit, de dérision…

Le lendemain, alors que Laurence s’apprêtait à monter dans sa voiture, le vent se leva subitement. Soufflées par la brise, des feuilles mortes tourbillonnèrent et vinrent choir à ses pieds. Parmi les débris, quelque chose de bleu attira son attention. Par curiosité, à moins que ce ne soit par souci environnemental, Laurence se pencha et attrapa un petit bout de carton déchiré. En le retournant, il put lire: «je les espère… Éva ».

Laurence fut envahi d’une certitude. Celle d’avoir tout gâché.

-Tu es le roi des imbéciles! Murmura l’homme qui tenait entre ses doigts, un petit bout de rêve brisé.

jeudi 12 mars 2009

Un amour affranchi… 7e partie


- Allo France. C’est moi…

En quelques mots, Éva raconta: l’hospitalisation de Laure, l’avion à prendre et son chat qui était seul chez elle.

Lorsqu’elle prit place dans le petit appareil qui allait la ramener dans sa région natale, la jeune femme était rassurée. France lui avait annoncé qu’elle s’apprêtait à partir quelques jours avec Paul, mais qu’elle s’occuperait de voir à ce que quelqu’un passe nourrir Oscar. Elle prendrait ensuite la relève le temps qu’il faudrait; Éva pouvait partir tranquille.

Deux heures plus tard, en franchissant les portes du centre hospitalier, le cœur d’Éva se serra. À la réception, on l’informa que sa tante était au 5e étage. Elle hésita devant l’ascenseur, puis se dirigea vers l’escalier. Il lui fallait calmer l’angoisse qui la tenaillait. Lorsqu’elle poussa la porte 514, Éva repéra immédiatement Loulou. Un soleil impertinent baignait la salle, inondant le lit qui avait été placé près de la fenêtre. Éva s’avança, se demandant si ses jambes pourraient la supporter encore longtemps. Puis ses yeux se posèrent sur la forme étendue au milieu des draps trop blancs. Éva réprima un sanglot et se jeta dans les bras de Loulou.

- Comment va-t-elle? Demanda Éva, dans un souffle.

- Pas bien. Pauvre petite Maman. Elle a sombré dans le coma.

Un silence oppressant envahit la chambre.

- Où sont les autres?

- Jacques et Michel sont partis chercher du café. Annie avait besoin de fumer une cigarette… elle est très affectée par ce qui arrive.

Les deux femmes se tournèrent vers la vieille dame. Loulou déposa sa main sur le bras décharné de sa mère. Elle faisait peine à voir; ses yeux étaient bouffis et son mascara lui avait coulé sur les joues, laissant de longues traînées noirâtres. De ses frères et sœurs d’adoption, Loulou était celle avec qui elle avait la plus grande complicité. Elles avaient le même âge, partagé les mêmes jeux. Devenues adultes, elles étaient restées très proches et n’hésitaient pas à se confier l’une à l’autre.

Soudain, Laure remua la tête. Ses paupières frémirent et s’entrouvrirent. Pendant un bref instant, elle fixa les deux jeunes femmes qui étaient à son chevet. Éva tendit la main et caressa le visage de sa tante. La mère de Loulou esquissa un faible sourire, comme si elle demandait pardon de leur causer tant de soucis. Puis, lentement, sa tête bascula sur le côté et de ses lèvres, s’échappa un long soupir. Le dernier. Un moment plus tard, lorsqu’ils revinrent dans la chambre, la cousine et les cousins d’Éva comprirent que c’était fini. Après leur père, c’était leur mère qui venait de les quitter. Dorénavant, ils étaient orphelins…

Éva vécut les jours suivants dans une espèce de brouillard. Ce n’est qu’aux funérailles qu’elle sembla réaliser pleinement la perte qu’elle venait de subir. Et les larmes coulèrent enfin, libératrices.

Puis, il lui fallut repartir. Elle devait retourner au travail et à sa vie. Parce que malgré son chagrin, la Terre continuait de tourner.

La nuit allait bientôt tomber. À l’aéroport, pendant qu’elle attendait le signal de l’embarquement, Éva sortit sa plume et la carte postale qu’elle venait d’acheter. Le souvenir de Laurence s’était fait discret durant les derniers jours. Mais il revint en force, comme une bouffée d’air frais après une semaine en apnée.

Et c’est d’une main tremblante qu’Éva traça quelques mots à l’endos de la jolie carte qu’elle avait choisie pour le bleu intense du lac majestueux qui était l’emblème de la région qui l’avait vue grandir.

Votre approche discrète m’a touchée, m’a émue
Et cette attente secrète, ne sait que faire de ma retenue
Vos mots, surtout ne les faites pas taire
Car, tel l’été après un long hiver
Je les attends, je les espère
... Éva


Après avoir relu la carte postale, Éva la glissa dans son sac. Dans trois heures à peine, la vieille boite aux lettres reprendrait du service.

mardi 10 mars 2009

Hypemoi… moi?


Vous connaissez Patrick Pleau? Moi, non. Enfin, c’était avant que je ne reçoive un message de son gérant, Rémi Asselin.

Monsieur Asselin a eu une idée plutôt originale: il a contacté des blogueurs afin de leur présenter son poulin, le chanteur du groupe anglo-québécois Plajia, et leur offrir, en exclusivité, l’écoute complète du nouvel album, Hypemoi qui sortait en magasin aujourd’hui.

Le gérant a fait d’une pierre deux coups. Le premier est qu’il pourra se targuer d’être mon initiateur en téléchargement de MP3. Hé! Oui, je sais, je suis un dinosaure. Le second est que j’ai découvert un artiste talentueux. Dès la première écoute, la musique de Patrick Pleau m’a séduite, transportée. Mes coups de cœur? «Tous les clichés du monde», «L’écran bleu de la mort» et surtout l’excellente pièce «Cimetière lunaire». Ces trois morceaux ont définitivement un petit je ne sais quoi qui m’a rappelé l’ambiance qu’évoque la musique de Daniel Bélanger.

Vous avez envie d’écouter un aperçu du matériel de Patrick Pleau? Ça se trouve juste ICI.

Un amour affranchi… 6e partie


Éva marchait lentement. Autour d’elle, un champ de marguerites s’étendait à perte de vue. Sur leur longue tige souple, les fleurs dansaient au rythme de la brise qui les faisait osciller. Tel un océan, des vagues blanches piquetées d’or ondulaient, caressant les mollets de la jeune femme. Lorsqu’Éva voulut en cueillir une et que ses doigts effleurèrent le capitule, la marguerite se mit à tinter. Bientôt, d’autres fleurs carillonnèrent à leur tour, transformant le doux silence en un tintamarre assourdissant…

Éva se redressa vivement dans son lit, pantelante. Un coup d’œil à son réveil lui apprit qu’il n’était pas tout à fait 4 h du matin. Les sonneries qui l’avaient arrachée à son rêve reprirent de plus belle. La jeune femme s’extirpa des couvertures et, d’un pas incertain, longea le corridor qui menait au salon; en passant devant le guéridon de l’entrée, elle ouvrit son sac à main et saisit son cellulaire.

- Un instant je vous prie. Murmura Éva dans le combiné.

- Allo? Fit-elle, en plaquant le portable sur son oreille droite.

- Éva? Je suis désolée de te réveiller, dit une voix de femme. Tu peux fermer ton cellulaire, c’est moi qui t’attends sur ta ligne fixe.

- Loulou? C’est toi? Mais que se passe-t-il? Il est arrivé quelque chose de grave? Tu vas bien?

- Oh, Éva. C’est Maman. Elle ne va pas bien du tout. Elle… elle a fait un… un infarctus…

- Non… réussit à articuler Éva.

- Éva… le médecin a dit que… que... La fin de la phrase se noya dans les sanglots.

- Ma Loulou, je suis là. Attends-moi, j’arrive. Je crois qu’il y a un avion à 6 h. J’ai encore le temps de l’attraper. D’accord? Je serai là au plus tard vers 9 h. Je prendrai un taxi et je me rendrai directement à l’hôpital.

- Je t’attends, murmura Loulou. Fais vite, je t’en prie.

Dans un état second, Éva jeta quelques vêtements dans un sac de voyage. Elle se passa un peu d’eau sur le visage et noua ses boucles rousses en queue de cheval avant d’enfiler un jean et un corsage léger. Elle s’apprêtait à sortir lorsqu’elle revint sur ses pas. Oscar tournait autour de son écuelle vide en miaulant. Éva lui versa plusieurs portions de moulée et ajouta un second bol rempli d’eau. Elle fit une dernière caresse à son chat et referma vivement la porte.

L’aurore affichait ses demi-teintes et, à l’horizon, une fine ligne rose annonçait que le jour allait bientôt se lever. Éva fut soulagée de trouver la route déserte. Au fil des kilomètres engloutis à une vitesse dépassant largement celle permise, des images lui revenaient. Elle revoyait Laure, sa tante bien aimée, celle qui avait tenu le rôle de mère après que la sienne eut disparu dans un bête mais fatal accident de voiture; celle qui était allée la chercher à l’école et qui avait trouvé les mots pour annoncer à la petite fille de 7 ans qu’était alors Éva, que son papa et sa maman ne reviendraient jamais plus.

Éva avait grandi au milieu de cousins et de cousines qui étaient devenus ses frères et sœurs, lorsque son oncle et sa tante l’avaient adoptée. Elle n’arrivait pas à imaginer que sa mère adoptive puisse ainsi disparaître sans qu’elle n’ait pu lui dire au revoir, sans qu’une dernière fois elle n'ait pu la remercier pour la vie qu’elle lui avait offerte, pour l’amour qu’elle lui avait donné.

Des larmes silencieuses jaillirent, sans pour autant soulager le chagrin qui broyait le cœur d’Éva.

lundi 9 mars 2009

La mode et moi...

Alors que j'aurais dû être au lit depuis longtemps, je surfais sur le net. Ce que je fais rarement. Néanmoins, je tombai sur cet article. Un hommage aux femmes d'ici.
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Cool! Wow! Merci!

dimanche 8 mars 2009

A chacune d’entre vous…

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Aux mères, particulièrement à la mienne, aux grands-mères, aux arrière et arrière-arrière-grands-mères, aux sœurs, surtout à ma Grande à moi, aux filles et aux belles-filles, aux tantes, aux belles-sœurs, aux belles-mères, aux cousines, aux nièces, à mes amies présentes, passées et à celles qui le deviendront.

A vous toutes, je souhaite que cette Journée internationale de la femme vous apporte tout l’amour, le respect, la reconnaissance et la tendresse qui devraient être votre pain quotidien.

Osez votre vie…
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jeudi 5 mars 2009

Un amour affranchi ... 5e partie


Voilà près d’une semaine qu’Éva hésitait. La lettre de son admirateur l’avait touchée, certes. Mais elle n’arrivait pas à se décider; avait-elle envie de lui répondre? Cela risquait de chambouler sa vie. Il y avait maintenant deux ans qu’elle vivait sans amour. Elle avait appris à ne plus l’attendre, à vivre sans.

Pourtant, ces quelques phrases avaient réveillé quelque chose de profondément enfoui en elle. Elle devait se l’avouer, même si elle jouait la frondeuse devant ses amis, l’amour lui manquait parfois. Et lorsqu’autour d’elle des gens succombaient au coup de foudre, elle les enviait un peu.

Éva avait glissé la feuille bleue entre les pages de son livre de chevet. Et le soir, avant d’éteindre, elle relisait les sept phrases qu’elle connaissait maintenant par cœur. Qui pouvait être ce L.D.? Comment avait-il su où elle habitait? Il avait écrit qu’il l’avait croisée à plusieurs reprises… Elle tentait de se rappeler les nouveaux visages qu’elle avait pu rencontrer récemment. Personne n’avait attiré son attention ou tenté de se faire remarquer. Il y avait bien ce beau brun qu’elle avait vu quelques fois. Éva admit qu’elle lui avait trouvé beaucoup de charme jusqu’à ce qu’elle l’aperçoive en compagnie de celle qu’on surnommait la croqueuse d’hommes, la blonde Mélanie. Après coup, il lui avait semblé beaucoup moins attirant. Mais peu importait puisque sa relation l’éliminait par le fait même. Celui qui lui avait écrit sous-entendait qu’il était libre.

Éva décida d’en parler à son amie France; les deux jeunes femmes avaient l’habitude de souper ensemble chaque semaine. Elle lui demanderait son avis.

C’est ainsi que le lendemain soir, Éva tendit la feuille de papier bleue à France. Elle attendit que son amie termine la lecture et lui demanda :

- Qu’en penses-tu?

-Wow! Répondit France, les yeux brillants. Qui, quand et surtout, comment?

- Qui? Je ne sais pas. Quand? La semaine dernière. Comment? Dans la vieille boite aux lettres qui est plantée près du chemin qui mène chez moi.

- Et que vas-tu faire?

- Je n’en ai aucune idée; dis-moi, toi que ferais-tu à ma place?

- Je commencerais par trinquer à ton admirateur secret! Et puis, je ne suis pas à ta place.

Ce n’est que lorsque le serveur leur apporta le plat principal qu’Éva revint à la charge.

-Tu ne m’as pas dit ce que tu en pensais.

-Mais Éva, ce qui importe c’est ce que toi tu en penses. Tu as l’intention de lui répondre? Quel effet cela t’a-t-il fait de recevoir cette lettre? Tu n’as vraiment aucune une idée de qui en est l’auteur?

- Non, justement. Et puis, comment sait-il où j’habite. C’est vrai que tout le monde se connaît dans ce patelin. Peut-être s’est-il renseigné sur moi? Et bon, tu imagines s’il ne me plaisait pas ou, pire, qu’il me déplaisait. C’est quand même délicat.

-Stop! Éva. Stop! Allons-y point par point. Un : Le mec a une belle plume et ne fait pas de fautes. Disons que ça augure bien. Deux : Il te vouvoie. Ça démontre un certain savoir-vivre. Trois : Il te demande s’il peut poursuivre sa correspondance. Ça indique qu’il ne veut pas t’importuner, donc qu’il ne doit pas être envahissant. Quatre : C’est tellement romantique! Il reste à trouver qui aurait pu t’écrire cette lettre.

- J’ai beau chercher, je n’ai pas croisé beaucoup de nouveaux visages récemment. Je t’avoue qu’un moment j’ai cru que c’était ce bel homme que j’ai aperçu à quelques reprises depuis le début de l’été. Surtout qu’il m’a souri à chaque fois. Mais la semaine dernière, je l’ai vu avec sa copine au supermarché. Tiens, c’est une ancienne flamme de ton Paul. La belle Mélanie.

- Ah! Je ne savais pas qu’elle avait mis le grappin sur quelqu’un. Il est comment son copain?

- Grand, mince, les cheveux châtains foncés mi-longs. Et vraiment mignon.

- Dis donc, tu me montres la lettre encore une fois?

Éva tendit la feuille à son amie. Celle-ci la relut attentivement et leva soudain les sourcils.

- L.D. Mais oui, comment n’y ai-je pas pensé avant. Tu me disais: grand, les cheveux un peu longs et mignon? Enfin, très très mignon?

- Euh, oui, c’est à peu près ça. Répondit Éva.

- C’est lui! J’en suis certaine! S’exclama France.

- Lui? Mais de qui parles-tu?

- Mais de Laurence. Laurence Dumas. C’est un ami de Paul. Il est revenu ici il y a deux mois à peine. D’ailleurs, Paul a soupé chez lui jeudi dernier. Et tu sais où il habite ce Laurence? Dans la maison voisine de la tienne.

- Oui, mais… balbutia Éva. Il a une amoureuse; j’ai vu la grande blonde qui l’embrassait. Je n’ai pas inventé ça.

- Écoute, Paul m’a raconté que Laurence avait parlé de sa rencontre inopinée avec Mélanie. Mais crois-moi, cette fille n’est pas sa copine et elle n’a aucune chance de plaire à Laurence. Je t’assure, trop de détails coïncident: les initiales, le coup de la boite aux lettres et le fait que ton admirateur indique qu’il vient de revenir au pays. Je serais prête à parier notre souper.

Une fébrilité s’était emparée d’Éva. Le reste du repas se passa joyeusement, France brossant un tableau de l’ami de Paul. Ainsi, Éva apprit que Laurence avait quitté le pays pendant une vingtaine d’années. Il avait travaillé comme formateur dans des entreprises qui œuvraient dans des pays en voie de développement. Puis, le Québec avait commencé à lui manquer et il était revenu dans la ville qui l’avait vu naître. Il habitait dans la maison de campagne de son père, tout près de chez elle. Il avait été marié, était divorcé mais n’avait pas d’enfant.

- Alors, tu vas lui répondre? Avait demandé France, à la fin de la soirée.

Éva avait regardé son amie qui n’avait pu que remarquer les étincelles qui dansaient dans ses yeux.

-Je vais y réfléchir encore un peu.

Mais France avait compris, au sourire d'Éva, que sa décision était déjà prise…

mardi 3 mars 2009

Un amour affranchi ... 4e partie


Laurence n’arrivait pas à trouver le sommeil. Étendu sur son lit, il contemplait les étoiles par le puits de lumière juste au dessus de sa tête.

La soirée avait été agréable et ils s’étaient amusés comme des gamins. Trois de ses amis étaient arrivés peu avant 19h, les bras chargés de bouteilles de vin et d’albums photo. Entre chaque service, des années sur papier glacé avaient défilé devant Laurence. Il avait vu des rides se dessiner, des femmes prendre place et des enfants grossir les rangs. Il avait assisté aux métamorphoses dictées par les modes des vingt dernières années, et sourit devant les tailles qui s’étaient épaissies alors que les chevelures se clairsemaient.

Les quatre amis s’étaient rappelé des souvenirs, leurs ambitions d’alors et leurs amours de jadis.

-Vous ne devinerez jamais qui j’ai croisé aujourd’hui au supermarché? Avait demandé Laurence.

- Blonde? Brune? Rousse? Avait répondu Luc.

- Très blonde, très grande et très … pressée. Avait déclaré Laurence, en souriant.

- Non! Pas la belle Mélanie? S’était exclamé Paul! Tu te souviens? A l’époque, elle sortait avec moi les mardis, réservait ses samedis à Christian et passait ses vendredis à draguer à la discothèque. D'ailleurs, c’est grâce à elle si Christian et moi sommes devenus potes, avait terminé Paul.

- Eh oui, Mélanie, avait répondu Laurence.

- Allez, avoue! L’avait taquiné Luc. Tu l’as invitée à sortir?

- Pas du tout, s’était exclamé Laurence. Mélanie est très jolie, mais ce n’est pas mon genre.

- Et on peut savoir qui c’est ton genre? Avaient demandé Christian et Paul, en chœur?

- Justement avait hésité Laurence. Comme ça, par curiosité, vous savez qui habite la maison voisine, de l’autre côté du ruisseau?

- Tu veux parler de la jolie rousse? Avait demandé Luc. Quel est son prénom déjà? Attends… Clara? Emma?

- Éva. Elle se nomme Éva, avait confirmé Paul. Elle travaille pour le groupe immobilier qui a son bureau en face de l’hôpital. Elle vit seule depuis 2 ans. Elle est végétarienne. Elle adore les films d’animation et les romans d’aventures. Elle préfère le vin rouge au blanc et le thé au café. Elle est allergique aux machos et déteste les moustaches. Finalement, c’est la meilleure amie de France, ma femme. Ta simple curiosité est assouvie? Avait demandé Paul.

Laurence souriait en repensant à son ami. Paul avait compris que sa question cachait un intérêt réel et il lui en avait donné plus qu’il en avait demandé.

Éva… quel joli prénom murmura Laurence, aux étoiles. Puis Morphée l’enlaça et doucement l’amena sur les rives du sommeil et le berça jusqu’au petit matin…

dimanche 1 mars 2009

Un amour affranchi ... 3e partie


Il poussait son chariot en parcourant sa liste des yeux, lorsqu’une voix retentit derrière lui.

-Hé! Ainsi, c’est vrai! Tu es revenu!

L’homme se retourna pour découvrir une jolie blonde, presque aussi grande que lui. Son esprit hésita entre trois prénoms avant de s'arrêter sur un.

- Mélanie!

-Depuis quand es-tu arrivé? Tu es revenu pour de bon? Tu es marié? Des enfants? Débita la jeune femme.

L’homme lui sourit tout en fouillant ses souvenirs. Soudain, plusieurs affluèrent… N’avait-elle pas fréquenté quelques-uns de ses amis, à tour de rôle et parfois, en même temps? Il se souvint que cette plantureuse blonde avait été convoitée par plus d’un à l’époque, et que plusieurs en avaient bavé. Après toutes ces années, Mélanie était encore certes très belle, mais elle était à l’opposé de ce qui l’attirait chez une femme.

- Deux mois. Peut-être. Non et non. Répondit l’homme, avec un sourire.

- Fronçant les sourcils, la femme mit un instant avant de comprendre.

- Je suis incorrigible! S’écria-t-elle. Je ne te laisse pas placer un mot. Pardonne-moi, je suis attendue: une réunion importante. Dis, on pourrait reprendre cette conversation? Tu me donnes un coup de fil?

Puis, comme s’ils étaient de bons amis, elle s’approcha et déposa ses lèvres sur les joues de l’homme, avant de repartir en sens inverse en lui envoyant la main. Nimbée de son assurance, convaincue de son charme infaillible, Mélanie ne sembla pas s’apercevoir que l’homme était resté silencieux à son invitation.

C’est à ce moment qu’une silhouette qu’il aurait reconnue entre mille, le dépassa et, après un bref arrêt à la caisse, sortit du supermarché, dans le sillage de la tornade blonde.

Son cœur s’emballa un instant. Et dire que sans cette Mélanie, il aurait croisé sa belle inconnue. Celle qui obnubilait ses pensées depuis des semaines. Peut-être aurait-il eu l’audace de l’aborder? De lui demander son prénom? Au lieu de cela, elle avait probablement assisté au spectacle de la blonde incendiaire qui l’avait embrassé.

Déçu du vilain piège que lui avait tendu le destin, l’homme parcourut les rangées à la recherche des derniers articles qu’il n’avait pas encore rayés de sa liste. Tout à coup, il n’eut plus envie de la soirée qui s’annonçait. Le plaisir de recevoir ses amis et de cuisiner pour eux s’était envolé.

- Allez, secoue toi, se morigéna-t-il. Ce n’est pas grave et rien n’est perdu. Tu la croiseras à nouveau, tu le sais bien.

Et c’est quelque peu ragaillardi qu’il déposa ses achats sur le comptoir. Voilà deux mois qu’il était revenu dans son patelin. S’il avait renoué avec plusieurs de ses amis, il n’avait pas eu le courage d’approcher cette femme qui l’avait ensorcelé dès qu’il l’avait croisée, le lendemain de son arrivée. Ce n’était que la semaine dernière qu’il avait fait un premier geste, empreint de réserve. Il lui avait écrit, mais sans trop se dévoiler. Peut-être avait-elle quelqu’un dans sa vie? Et si elle préférait la solitude? Lui plairait-il?

Depuis maintenant cinq interminables jours, en longeant la petite route qui le menait au chalet de son père, Laurence Dumas guettait la vieille boite aux lettres dans laquelle il avait déposé une enveloppe bleue, espérant qu’un bon matin, le petit drapeau rouge soit dressé à son intention.

samedi 28 février 2009

jeudi 26 février 2009

Un amour affranchi … 2e partie


Éva tourna l'enveloppe entre ses mains; elle était faite d'un beau papier texturé comme elle en avait vu dans la boutique d'artisanat qui avait ouvert ses portes, l'automne dernier. Un timbre y avait été collé sans être oblitéré. Du bout du doigt, elle suivi l'arabesque d'encre noire qui formait deux mots:
Pour vous…

La jeune femme tourna la tête, scrutant la route et le champ qui lui faisait face. L'enveloppe avait été déposée dans sa vieille boite aux lettres; elle lui était destinée, sans aucun doute. Outre sa petite maison cachée dans les arbres, ce rang de campagne n'en comptait que deux autres. Tout au bout, une petite fermette était occupée par un vieux et charmant couple, tandis que le chalet de bois rond, dont le terrain jouxtait le sien, appartenait au facteur retraité qui, durant l'été, venait de temps à autre y passer un week-end.

Éva retourna à sa voiture et déposa l'enveloppe et la fleur sur le siège du passager. Elle allait redémarrer lorsqu'elle se ravisa; en esquissant un sourire, elle alla rebaisser le petit drapeau rouge de la boite aux lettres.

Malgré la curiosité qui la dévorait, Éva retarda le moment d'ouvrir l'enveloppe. Elle prit le temps de se préparer un souper et d'ouvrir une bouteille de vin, un excellent Shiraz 2005. Elle déposa le minuscule vase et sa marguerite sur la petite table de la véranda et apporta son assiette fumante. Puis elle appuya l'enveloppe sur le chandelier et alluma les quatre bougies.

Ce n'est qu'une fois son assiette rincée et déposée dans le lavabo qu'Éva se décida. Délicatement, pour ne pas abîmer les fibres, elle décolla lentement le rabat, prenant mille précautions. Son cœur se mit à cogner plus fort dans sa poitrine lorsque, du bout des doigts, elle saisit la feuille pliée en trois qui avait été glissée dans l'enveloppe.

Des lettres, nettes et fines s'élançaient sur le papier. Éva y lut:

De retour au pays de mon enfance,
Je vous ai croisée plus d'une fois, au fil de mes errances
Alors j'ai attendu, le temps qu'il fallait attendre
Depuis, mon cœur me presse, me vilipende
Me répétant sans cesse qu'un jour de plus, est un jour perdu
Mais si de mes mots, vous n'en avez que faire
Soyez assurée qu'un seul des vôtres suffira à me faire taire

L. D.

Éva souffla les bougies et se cala dans sa chaise; elle renversa la tête et contempla le ciel d'un bleu profond où s'allumaient des milliers d'étoiles…

lundi 23 février 2009

Un amour affranchi …


Lorsqu'elle s'éveilla, ce matin là, Éva ressentit une étrange fébrilité. Elle ferma les paupières et se laissa envahir par la curieuse sensation. C'était comme si un voile très fin s'était posé sur son cœur durant la nuit, le rendant léger et lumineux....

Pendant que le soleil tentait de couler ses premiers rayons entre les rideaux entrouverts, les oiseaux éclaboussaient le silence de leurs gazouillis joyeux. Éva s'étira et de ses pieds, repoussa les couvertures. Cette journée qui commençait à peine, lui faisait envie. Malgré le réveil qui n'affichait que 6h10, elle sortit du lit et ouvrit toute grande la fenêtre.

Une fois la cafetière en marche, elle attrapa un gros pamplemousse odorant et sorti sur la terrasse. La rosée avait déposé des milliers de diamants sur chaque brin d'herbe, sur chaque feuille. Aux quatre coins du jardin, des toiles d'araignée s'étaient transformées en de précieuses parures de pierres scintillantes. L'air sentait bon l'été, mélange de parfums de fleurs, de celui des arbres et des effluves de la terre que retournaient en silence des milliards d'êtres microscopiques.

Malgré son émerveillement, Éva n'arrivait pas à se défaire de cet étrange sentiment que quelque chose avait changé. Ou allait se transformer. Comme à l'aube d'une métamorphose, à la veille d'un revirement. La sensation était à la fois tenace et insaisissable.

Éva versa du café dans sa tasse préférée, y ajouta un peu de sucre et du lait, puis emprunta le sentier au bout de son jardin. Elle aimait aller flâner au bord du ruisseau qui coulait paresseusement au fond de son lit caillouteux. Lorsqu'elle avait visité l'endroit, deux ans auparavant et qu'elle avait découvert ce cours d'eau, elle avait su qu'elle était arrivée à bon port. Depuis, elle venait s'y recueillir chaque fois qu'elle avait besoin de réfléchir. Le murmure de l'eau l'apaisait; après avoir écouté chuchoter ses cascades, il lui semblait que tout était plus clair, plus simple.

Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'elle risquait d'être en retard au travail. Éva reprit la direction de la maison en hâtant le pas; elle oublia l'effervescence qui l'habitait.

Ce n'est qu'en revenant chez-elle, ce soir là, qu'elle repensa à l'étrange impression qui l'avait envahie le matin même. Aussi, dès qu'elle emprunta l'allée bordée de pins qui menait à sa propriété, la sensation refit surface, plus intense, plus aiguë.

Elle allait tourner sur le petit chemin défoncé qui menait à sa maison, lorsque quelque chose attira son regard. Elle stoppa la voiture et observa les environs. Ça devenait agaçant à la fin. Tout lui sembla pareil; rien n'avait bougé depuis le matin, depuis des semaines en fait. Puis soudain, elle le vit: un point rouge qui faisait tache parmi la masse végétale qui poussait, sauvage et libre. Éva descendit de son véhicule et s'approcha. Du bout des doigts, elle toucha la forme cabossée qui oscilla sur son pied instable. Une pièce de métal, jadis peinte en rouge, se dressait vers le ciel, évocatrice et silencieuse.

Éva sentit son cœur battre plus vite. Et l'étrange sensation qui s'amplifiait, qui la faisait presque suffoquer. Ses mains tremblèrent lorsqu'elle tenta de faire pivoter la fermeture de la boite aux lettres. A quoi bon, se dit-elle? Le courrier n'était plus livré qu'au bureau de poste depuis des années.

Lorsque la petite porte rouillée pivota sur ses gonds, Éva cessa de respirer. Tout au fond de la boite aux lettres, une marguerite des champs reposait sagement. En tendant la main, les doigts d'Éva rencontrèrent quelque chose d'autre…
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LE RETOUR DU BLOG PAR LA POSTE, une initiative du Lapin blanc:
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samedi 21 février 2009

Céder sa place …


Lorsque j'étais toute petite, avant de fermer les yeux, je tendais le bras entre les barreaux de la vieille couchette de métal qui avait été placée dans la chambre de mes parents, et je demandais à Maman de prendre ma main. C'est ainsi que je m'endormais, confiante et aimée, les doigts chauds et rassurants de ma mère entortillés aux miens.

Mais un jour, quelques mois après avoir fêté mon 5e anniversaire, mon univers fut chamboulé à tout jamais. Une petite chose gesticulante et braillarde fut introduite dans la maison. Tous n'en avaient que pour ce poupon qui, aux dires de mes grands frères, avait un gros nez. Malgré tout, on se pressait autour de lui, tentant de lui arracher une grimace, enfin, un sourire… Mais le pire restait à venir…

Alors qu'une semaine auparavant j'étais encore le bébé de la famille, Maman m'apprit que j'étais maintenant une grande fille, et que dorénavant j'allais dormir dans mon nouveau lit et partager la chambre de ma grande sœur, "en haut".

Ce fut difficile de me faire à cette chambre inconnue; il y faisait sombre et j'avais froid. Aussi, chaque nuit, je me levais et, sans faire de bruit, je tentais de me glisser dans le lit de mes parents. Maman se mit à dormir que d'une oreille, bien décidée à me faire passer cette habitude. La plupart du temps, je n'avais pas fini de descendre l'escalier que ma mère me sommait de retourner me coucher. Rusée, je pris mille précautions pour éviter les marches qui craquaient et pour me déplacer silencieusement. Quelques fois je réussis même à me faufiler sous les couvertures, au pied du lit, sans les réveiller. Mais quatre fois sur cinq Maman me surprenait avant que je n'atteigne mon but.

Une nuit où j'avais réussi à pénétrer dans la chambre, juste au moment où je m'apprêtais à grimper sur le matelas, j'entendis le sommier grincer. Vite! Je m'étais jetée à plat ventre et glissée sous le lit.

-Sally? C'est toi? Avait murmuré la voix de maman.

Et moi, sans hésiter:

-Non, c'est pas moi, c'est Ti-Puce!

Mon subterfuge ayant échoué lamentablement, j'avais dû regagner mon lit où j'avais retrouvé mon chien Ti-Puce, profondément endormie.

Les mois avaient passé et je m'étais faite à cette nouvelle vie avec ce petit frère tout neuf. Ses sourires baveux et ses petites menottes tendues avaient eut raison de mes dernières réserves et j'avais été obligée de reconnaître que c'était vraiment chouette d'avoir une poupée vivante. Puis j'avais appris à remplacer sa couche, à lui donner le biberon et j'avais même accepté de prendre mon bain avec lui.

Lorsqu'il avait commencé à marcher, je m'étais mise à le trimballer partout. L'hiver, Maman m'avait permis de l'amener glisser dans la neige à la condition qu'il soit habillé chaudement… Pauvre Frérot! Je craignais tellement qu'il n'ait froid que je lui enfilais camisole, chandail, pull, veste, collant, caleçon long, pantalon doublé, plusieurs paires de bas et de mitaines, une tuque, un foulard sur le front, un autre sur la bouche. Pour finir, je glissais le petit garçon saucissonné à l'intérieur d'un habit de neige avant de lui enfiler ses bottes d'hiver. Impossible d'avoir froid … ni de se tenir debout! Alors je devais l'asseoir sur ma super soucoupe volante en aluminium et le hisser en haut des côtes avant de m'installer derrière lui pour une descente tourbillonnante. Que de moments heureux ai je passés avec ce petit frère avant que ne nous séparent les remous de l'adolescence!

Il fut difficile pour la petite fille de 5 ans que j'étais alors, de céder sa place de cadette à un frère qu'elle n'avait pas demandé. Mais au fil des ans, chacun prit celle qui lui revenait, lui de benjamin, moi de sœur aînée. Avec ses bons et ses mauvais côtés.

Aujourd'hui, sans le moindre doute, je peux affirmer que mon Frérot, je ne l'échangerais pas pour tout l'or du monde. Enfin, ce n'est qu'une façon de parler. Euh, aux faits, le gros lot de la 6/49 s'élève à combien ce soir? Quoi? 48 millions!!!! Bon, ça demande réflexion ça…

jeudi 19 février 2009

Ménage obligé …


J'en suis à ma 4e journée de grippe. Sapristi… j'en ai plus qu'assez! Oui, je sais, je dois me résigner à n'être qu'une loque humaine pour encore 4 à 6 jours.

J'ai annulé mon traitement d'aujourd'hui chez ma chiropraticienne. Ce détour aurait ajouté 1 heure à mon trajet. Je me suis contentée de faire deux courses qui ne pouvaient attendre, et d'aller voir mon amie Marie pour qu'elle fasse disparaître cette vilaine repousse.

Lorsque je suis revenue de son salon, je n'avais qu'une idée en tête: aller me coucher. Pour oublier mes tempes douloureuses, ma nuque pleine de nœuds et mes poumons à vif. Mais …

Au lieu de cela, j'ai vidé mon poêle à bois de sa cendre. Posé un ruban coupe-froid autour de la fenêtre de la salle d'eau et au bas de la porte d'entrée arrière. Remplacé les 3 cartouches d'encre de couleur dans mon photocopieur-fax et fait quelques recherches dans mes dossiers personnels. J'ai vidé les poubelles et les 2 sacs de recyclage. Ah oui, j'ai passé l'aspirateur au rez-de-chaussée, au 1er étage et … dans mon poêle à bois.

C'est demain à 11h00, qu'un employé des Évaluations énergétiques du Québec viendra faire la seconde évaluation de ma maison, dans le cadre du programme écoÉnergie. Depuis la première, en septembre 2007, plusieurs travaux d'amélioration ont été exécutés. J'avais 18 mois pour les faire si je voulais me rendre éligible à d'éventuelles subventions. Je devrai lui remettre une photocopie des factures des matériaux isolants, des rénovations et de mon compte de taxes.

Je ne sais pas si j'aurai droit à quelque remboursement que ce soit mais, ce dont je suis certaine, c'est qu'il n'y aura pas de boules de poils ni de cendre, qui dévaleront l'escalier lorsque l'homme démarrera l'énorme ventilateur qui sert à vérifier l'étanchéité de ma maison. J'ai bien assez d'avoir mal à la tête sans, en plus, avoir honte!

mercredi 18 février 2009

Les reliques …

Une fois mon secondaire V terminé, je fis une brève incursion dans un programme d'éducation spécialisée, au Cegep de Rouyn-Noranda. Après 2-3 mois, je réalisai que j'y étais autant à ma place qu'un ermite dans un party rave. Le reste de cette année scolaire, je le passai à m'occuper de deux fillettes, à préparer leurs repas, entretenir l'appartement de leur maman et … à leur lire des histoires. Lorsqu'enfin arriva le mois d'août, je m'inscrivis à un cours intensif qui, un an plus tard, allait me permettre d'être embauchée comme secrétaire pour le directeur général de mon patelin. Je venais d'avoir 18 ans.

Quelques mois après avoir encaissé mon premier chèque de paie, je dénichai un petit studio de 2 pièces, entièrement meublé. L'appartement avait été aménagé dans un sous-sol et n'était éclairé que par une petite fenêtre si haute, qu'il me fallait monter sur le lit pour l'ouvrir. C'était minuscule, brun et ma foi, assez laid. Mais propre, à deux rues de mon travail et c'était chez-moi.

Mon installation se fit en peu de temps. Mes biens tenaient dans trois petits cartons. Outre mes vêtements, j'avais une batterie de cuisine achetée deux ans auparavant via le catalogue Sears. Un service de vaisselle brun que Maman avait amassé pour moi dans des boites de savon à lessive. Deux draps de "flanellette", mon vieil oreiller de plumes, une couverture tissée, une poêle à frire en métal cabossé et des ustensiles surnuméraires. Comme l'appartement était meublé, mon lit de fer allait devoir attendre près de deux avant de me rejoindre.

Trois décennies et près de neuf cents kilomètres plus tard, ce sont deux étages en plus de la cave et d'un espace-grenier qui sont remplis de quelques meubles, des reliques de mon entreprise et de ses archives qu'il me faudra conserver 7 ans durant. Puis d'outils, de souvenirs dont certains sont encore dans des caisses, de livres, de trucs, de machins et d'un tas de choses qui ont un peu, pas mal ou beaucoup de valeur sentimentale.

Depuis qu'une pancarte
A VENDRE racole les passants qui défilent sur ma rue, je ne cesse de penser au tri qu'il me faudra faire. Aux choses auxquelles je tiens vraiment, et aux autres dont il me fait peur de regretter si je m'en départis.

Chose sûre, dans le camion qui emmènera mes possessions, il y aura mon vieux lit de fer, les ustensiles et la poêle cabossée que Maman m'avait donnés ainsi que ma batterie de cuisine Sears qui tient encore la route. Ces reliques, parmi d'autres, me suivront sans doute encore des années, jusqu'à ce que je découvre l'endroit qui me donnera envie de poser mes malles une fois pour toutes.

lundi 16 février 2009

Virus Académie …


Lorsque je me glissai entre mes draps, hier soir, un désagréable petit gratouillage dans la gorge m'annonça que j'avais probablement attrapé un rhume.

Ce n'est qu'après avoir tourné, tourné et encore tourné, que je finis par m'endormir. Oh, pas longtemps; ma gorge brûlante et sèche me tira de mon sommeil et je passai la nuit à boire, à changer de position, à me lever, à me recoucher et à tenter de compter les moutons qui jouaient à cache-cache sous le lit.

Peu après minuit, mon pouls s'accéléra; malgré la couette et les deux courtepointes qui me recouvraient, j'eus l'impression que la température de la chambre avait chuté de plusieurs degrés.

Ce fut vers 3h30 du matin qu'il se passa quelque chose d'étrange. De longues et étroites bandelettes de papier se mirent à flotter dans la pièce. Comme si ma chambre était un moulin, René Angélil y pénétra et me demanda de composer un hommage pour chacun des quatorze académiciens. Il fallait que mes textes soient touchants et qu'ils fassent découvrir au public, qui se cachait derrière le masque parfois trompeur, de ces jeunes artistes. L'époux de Céline me fit miroiter ce que serait ma vie si je me joignais à la grande équipe de la star mondiale. Wow! Quand même …

Lorsque, incommodée par un urgent besoin d'aller au petit coin, je me redressai dans mon lit, je compris que j'étais fiévreuse. Quant aux moutons et aux languettes de papier, ils avaient disparus.

Ce qui resta de ma nuit, fut pour ainsi dire "copié-collé" sur l'épisode précédent, si ce n'est que les longues bandes virevoltantes furent remplacées par des carrés blancs et que Céline se joignit à nous pour un "brain storming".


Message pour René et Céline: J'accepte votre proposition!
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samedi 14 février 2009

La certitude...


La certitude d'avoir été, un jour, une fois, aimé, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière.

C. Bobin

vendredi 13 février 2009

Délestage…


Je repoussais cette décision depuis des mois. Certains jours, j'étais convaincue que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Mais d'autres, je n'en étais plus aussi sûre. Si ma nature m'amène parfois à ne pas écouter ma raison et à faire ce que mon cœur me commande, il y a des cas qui nécessitent une longue réflexion. Qui demandent qu'on laisse le temps passer. Puis arrive une goutte de trop qui fait déborder le vase. Ce jour-là, nous savons que le moment est arrivé et que rien ne pourra nous faire revenir en arrière. La sentence se dicte d'elle-même, claire et sans appel.

Ce fameux jour, enfin, cette soirée-là, ce fut hier. Pour quelle raison? Entre autres, parce que je devais regrouper les factures, faire imprimer les relevés et préparer tout le tralala pour la venue du comptable ce matin. Et qu'à la fin, sans même avoir à utiliser ma calculette, je ne pus que constater que les dépenses reliées à l'administration de mon entreprise étaient nettement supérieures aux revenus de production. Et que ce n'était pas une si grande surprise puisque le scénario se répétait de mois en mois.

Ce constat peu réjouissant s'additionna à la déception que je vécus quelques heures auparavant. Comme je l'avais demandé à mon fournisseur, il me fit parvenir des échantillons de tissu. J'avais l'intention de les soumettre à la propriétaire de la boutique du Saguenay; chaque printemps, elle me commande un modèle de robe qu'elle désire voir dans des tissus différents des années précédentes. En coupant le ruban gommé qui fermait le colis, j'adressai une prière à l'univers, à Dieu et à Bouddha pour que le tailleur et ma couturière soient disponibles. Je m'imaginais déjà en train de déposer le chèque de cette cliente qui, malgré son intransigeance, paie dans les délais. Lorsque le couvercle de la boite s'ouvrit, le mirage disparut et fit place à la déconfiture: des deux seuls échantillons, le premier m'était plutôt familier puisque c'est moi qui avais refilé ce tissu à mon fournisseur l'an dernier; visiblement, il avait oublié. Quant à l'autre, je l'avais déjà proposé à ma cliente en 2008 et elle ne l'avait pas aimé. Mphhhhhhh…

Alors en moins de temps qu'il ne faut à Grande Sœur pour enfiler une aiguille sans l'aide du petit machin fait spécialement pour ça, je dressai une liste qui ne laissa aucun doute sur la décision que je venais de prendre:

1. Annuler le service de paie chez D. qui est inactif depuis l'automne dernier.
2. Trouver un notaire qui dégaine plus rapidement que l'actuel.
3. Aviser Ex qu'il aura des documents à signer malgré que, techniquement, il ne soit plus actionnaire depuis plus d'un an (voir point 2).
4. Prendre RV avec le grand manitou de la firme comptable (re: incidences fiscales).
5. Entamer les procédures de fermeture de mon entreprise.
6. Aviser tous les paliers gouvernementaux.

Voilà…

Bien sûr que mon métier m'a passionnée. Avec mon associé d'alors, j'ai beaucoup travaillé pour mettre sur pied cette belle petite entreprise. Pour elle, j'ai sacrifié mes loisirs, un salaire décent et parfois même le beurre sur la table. Elle m'a apporté de grandes satisfactions mais aussi un lot de stress et d'incalculables nuits blanches et angoissantes. J'y ai cru longtemps et en son nom, je me suis battue. Mais je n'en ai plus envie. Mon histoire d'amour avec elle est bel et bien terminée.

Si j'en ai du chagrin? Non. Enfin, me direz-vous, un peu quand même? Aucunement. Pas une petite miette de rien du tout. Nothing. Niet. Nada.

Dans quelques semaines, trois mois tout au plus, je serai délestée de ce poids et je pourrai clore ce long chapitre, qu'il me fallut 16 ans à écrire.

Et vous savez quoi? Il me tarde d'en débuter un nouveau, tout limpide celui-là… Car une fois le leste lâché, tout ce dont on a envie, c'est de légèreté…

mercredi 11 février 2009

Le cœur en berne…



Samedi prochain, par plaisir ou pour éviter de se faire faire la gueule, plusieurs d'entre nous soulignerons la fête de l'amour. L'anniversaire de Cupidon, la Saint-Valentin.

D'autres, comme mon ami Daniel, passera une partie de la soirée au chevet de son oncle mourant. Il l'écoutera, lui tiendra compagnie, tentera peut-être de le faire rire ou du moins, sourire. Puis en le quittant, malgré sa réserve et le chagrin qu'il ne veut pas laisser transparaître, il déposera un baiser sur le front du vieux monsieur qui attend patiemment que la mort vienne le chercher, étonnamment lucide malgré les doses massives de morphine qu'on lui injecte.

Je soupçonne qu'une amie essaiera de ne pas songer à ce qu'aurait pu être cette fête si elle n'avait pas mis fin à sa relation, l'été dernier. Elle doutera, elle regrettera et elle aura sans doute du chagrin. Puis, au fil de la soirée, si par chance elle se retrouve entre amis, elle se souviendra de ce qui l'a amenée à cette difficile mais nécessaire décision. Elle pourra alors reprendre confiance, cesser de se culpabiliser et sourire à l'avenir qui se dessine.

Un autre de mes amis tentera peut-être de maquiller son désenchantement. Son histoire d'amour n'a pas fait long feu. Une trop brève fréquentation suivie d'une cohabitation hâtive avec son amie de cœur et les enfants de cette dernière, ont transformé l'idylle naissante vécue à distance, en un quotidien où le bonheur ne semble pas vouloir s'installer.

Ma belle amie, quant à elle, cherchera à se convaincre qu'elle est heureuse. N'a-t-elle pas tout ce qu'elle désire? Un amoureux dans les bras duquel elle se sent tellement en sécurité, un projet commun qui, s'il lui a fait mettre un doigt dans l'engrenage, a le mérite de les attacher l'un à l'autre. Son cœur dans tout ça? Il se serre et il saigne parfois lorsqu'elle croise celui qui lui a fait trois beaux enfants. Cet amoureux jadis éconduit plus d'une fois, n'espérait plus le retour de celle qu'il avait épousée vingt-sept ans auparavant. Il a donc décidé de refaire sa vie. Depuis, ma belle amie essaie courageusement de braquer les yeux droit devant, mais par moment, elle ne peut s'empêcher de regarder dans le rétroviseur de son existence et de regretter celui qu'elle aime toujours.

Je crains qu'une de mes douces amies ne passe un samedi difficile. Son amour l'a quittée il y a plus de cinq ans pour une contrée d'où on ne revient jamais. Elle pensera à lui, à ce qu'était leur vie, leur amour discret mais profond. Elle aimerait tant rencontrer un homme qui lui ressemble, qui a ses qualités de cœur. Elle doute de pouvoir aimer à nouveau. Comment le pourrait-elle sans avoir l'impression de tromper celui avec qui elle a vécu pendant vingt-cinq années? Serait-ce pour cette raison que le seul homme qui ait réussi à faire battre son cœur depuis, ne soit pas libre? L'intégrité de mon amie l'empêche de faire le pas qui transformerait l'idylle platonique en liaison consommée. Et en attendant que le seul homme à qui elle aurait pu se donner à nouveau, fasse son choix, elle met son cœur en berne.

Samedi prochain, cet autre ami songera peut-être à ce qu'aurait pu représenter cette soirée si la seule femme qu'il n'ait jamais aimée, avait partagé ses sentiments. Il en était tombé éperdument amoureux alors qu'il n'était qu'un adolescent. A ce moment, il n'avait pas osé lui déclarer son amour. Les années avaient passé, il s'était marié, sans pour autant aimer celle qui allait lui donner un enfant. Le couple s'était séparé et quelques années plus tard, il avait rencontré une autre femme. Comme si c'était la seule issue, ils avaient fini par cohabiter. Pas très longtemps, car l'amour refusait d'éclore. Encore une fois mon ami s'était retrouvé seul. C'est à cette époque que le hasard remit sur sa route la femme qu'il aimait depuis toujours. Prudent, il n'offrit que son amitié à celle qui faisait battre son cœur si fort. De café en bière, de parties de pool en marches autour du Lac des Nations, ils avaient refait connaissance. La belle avait quelqu'un dans sa vie mais la relation était boiteuse. Mon ami prit son mal en patience et le jour où elle lui apprit qu'elle avait rompu définitivement, il se décida à lui déclarer ses sentiments. Il lui apprit qu'il l'aimait depuis toutes ces années; que son cœur lui avait toujours appartenu. Malheureusement, la jeune femme ne fut pas enthousiasmée par cette révélation. Cela lui sembla tellement étrange… Peut-être eut-elle peur d'un si grand amour? Ils cessèrent de se voir. Et depuis, mon ami tente de panser son cœur, en essayant de ne pas rêver à ce qu'aurait pu être sa vie auprès d'elle.

La Saint-Valentin célébrera les amoureux. Ceux qui se sont enfin trouvés, parfois après de longs détours. Samedi, les restaurants seront bondés. Les fleuristes et les chocolateries feront de bonnes affaires. Des milliers de bougies seront allumées pour créer une atmosphère romantique, propice à l'amour et à ses épanchements.

Le 14 février sera un jour sans joie pour ceux qui sont seuls. Pour ceux qui ont connu l'amour avant de le perdre, à tort ou à raison. Pour ceux qui l'espèrent encore, qui l'ont laissé partir sans avoir tenté de le retenir, ou qui l'auront sabordé, le sachant perdu d'avance.

Le jour de la Saint-Valentin, alors que plusieurs d'entre nous soulignerons la fête de l'amour, d'autres auront le cœur en berne…

lundi 9 février 2009

Département des plinthes…


Samedi vers 15h00, je ne sais trop quelle mouche m'a piquée. Avais-je besoin de me défouler? Était-ce la caféine qui me coulait dans les veines? Peut-être les deux? Il n'en reste pas moins que je passai l'après-midi dans la cave. Je commençai par réorganiser le coin menuiserie, plaçant la scie-sur-table devant le mur ouest pour éviter que la poussière de MDF ne se répande sur le calorifère comme c'était le cas auparavant. Puis j'installai le chevalet à gauche du banc-de-scie, avant d'y déposer une retaille d'aggloméré qui la transforma en une table qui allait supporter les planches en cours de coupe.

Comme je n'aime pas, que dis-je, comme je déteste faire du ménage inutilement (parce que c'est utile parfois?), je fixai des sacs à ordure préalablement découpés, tout le tour de la table de la scie, un peu comme une jupe. Ainsi le plus gros de la sciure resterait prisonnière en dessous au lieu d'aller se déposer partout. Puis je collai un autre sac ouvert sur le mur juste derrière la scie (on ne sait jamais …). Finalement je clouai un vieux rideau de douche en vinyle sur une poutre, pour empêcher la poussière d'envahir le côté sud de la cave qui sert de salle de lavage, de maison de repos pour les géraniums et de petit coin pipi pour Jules.

Ce ne fut pas une mince tâche de mettre au niveau le banc-de-scie et le chevalet-table. Il me fallut empiler des petits bouts de bois et d'aggloméré de différentes épaisseurs sous leurs pattes pour qu'ils soient à la même hauteur sans boiter. Le plancher de ciment de la cave est inégal et, à certains endroits, on dirait qu'il a été sculpté, formant des dénivellations de quelques centimètres. Rustique mais pas pratique.

Plutôt satisfaite de ma nouvelle installation, il me tardait de la mettre à l'essai. J'attachai donc sur mes hanches, le sac multi-pochettes dont je me sers pour la coupe de vêtements, y glissai un crayon, une feuille de papier et le seul gallon, sur les quatre que j'avais trouvé lors d'un de mes nombreux ménages, qui en plus des pouces, indique les centimètres. Ainsi armée, je me mis à relever les mesures du bas des murs de l'entrée arrière, de ma chambre et du salon. Ma maison, malgré ses 63 ans bien sonnés, travaille encore et n'est plus toute droite. Lorsque je pris les mesures, il me fallut le faire à la hauteur du plancher et 15 centimètres plus haut car, à cause de l'inégalité du plancher et de celle des murs, j'avais parfois plus d'un demi-centimètre d'écart.

Ce sont vingt-neuf sections que j'eus à couper en autant de dimensions. Je passai plus d'une heure à mesurer et marquer les planches, à les scier en ordre de longueurs décroissantes et en jumelant des mesures pour éviter les pertes.

Dimanche, après avoir regroupé autour de moi mon nouveau capteur de montant, la perceuse, le marteau et le chasse-clou, je pus enfin commencer la pose des plinthes dans l'entrée arrière. Finalement, cet après-midi, au retour d'un traitement chez ma chiropraticienne, je terminai de clouer celles du salon et de ma chambre.

C'est Bôf Adoré qui sera fier de sa Sister-in-Saw!

samedi 7 février 2009

L'odyssée du prince…


Je t'offre ce conte de Fée…
Bon anniversaire!
.
** *

Il était une fois, très loin d'ici, un charmant prince qui vivait sur une toute petite île déposée au milieu de l'océan. Il habitait un château qui avait été construit au sommet de la plus haute montagne. Il y coulait des jours paisibles, entouré des siens et aimé de ses sujets.

Le prince était un homme heureux. Toutefois, il avait le sentiment que son bonheur était incomplet; comme si une facette de sa vie restait à polir. Que pouvait-il donc lui manquer? De l'or? Des diamants?

Chaque jour, le prince montait tout en haut de sa tour et passait des heures à rêver, ses yeux errant sur la surface de l'océan. Comme il l'aimait cette mer. Qu'elle soit teintée de bleue, barbouillée de gris ou écumante de colère, elle savait l'émouvoir. Elle avait toujours fait partie de sa vie et il ne pourrait vivre loin d'elle. Jamais.

Les jours d'ennui, il arrivait au prince de se demander ce qu'il y avait là bas, au bout de l'horizon. Se pourrait-il qu'il existe d'autres terres? Étaient-ils seuls, lui et ses sujets, à habiter cette immensité?

Las de ses questions, il comprit que le temps était venu d'obtenir des réponses. Aussi, il décida de faire construire un navire. Il engagea les meilleurs artisans et après des mois de labeur, il pu enfin monter sur le pont. C'était un beau et grand bateau. Son mat, finement sculpté, était si haut, qu'il se perdait dans les nuages. Et ses voiles, telles des ailes d'un blanc pur, claquaient au vent, impatientes de prendre le large.

Le prince choisit le jour de son anniversaire pour lever l'ancre. Les lueurs de l'aurore commençaient à teinter le ciel, lorsque le prince regarda la terre s'éloigner et son royaume rétrécir peu à peu. A l'instant où son île ne fut plus qu'un point minuscule sur la ligne d'horizon, il sentit une grande fébrilité l'envahir. Tout à coup, il redevint le petit garçon qu'il avait été. Il quitta la poupe du navire et alla se poster à la proue, impatient de découvrir où la mer le mènerait.

Ils naviguèrent ainsi pendant trois jours et trois nuits, entre l'océan immense et le ciel infini.

Le capitaine et le prince disputaient une partie de cartes lorsque qu'ils entendirent ce mot tant attendu: Terre! Ils se précipitèrent tous deux sur le pont. A l'horizon, tout là bas, une longue bande foncée contrastait avec le bleu de l'océan et celui du ciel. Et ils se dirigeaient droit dessus.

Il leur fallut près de quatre heures pour approcher la côte et trouver un endroit pour se mettre à l'abri avant la nuit. Le crépuscule venait de tomber lorsqu'ils jetèrent l'ancre. Aussi, le prince jugea préférable d'attendre au lendemain avant d'aller à terre. Cette nuit là, personne ne put trouver le sommeil tant il leur tardait de découvrir ce monde inconnu.

Au petit matin, après un déjeuner hâtif, un canot fut descendu et le prince, accompagné du capitaine et de trois marins, y prirent place. Lorsque l'embarcation s'enlisa dans le sable, les hommes sautèrent par-dessus bord et tirèrent la barque sur la plage.

C'est le cœur battant que le prince posa le pied sur la terre ferme. Il avait maintenant la preuve que son île n'était pas la seule à flotter sur la mer immense. Cela signifiait, hors de tout doute, qu'il en existait d'autres. Plusieurs? Où? Pourrait-il… Le prince n'eut pas le temps de poursuivre ses réflexions. Des hommes, une dizaine, se dirigeaient vers eux. Un peu inquiet, le prince leva les deux mains en signe de paix. Le groupe s'arrêta et un homme, sans doute leur chef, fit un pas en avant et tendit les mains à son tour. D'un même mouvement, le prince et le chef du clan se mirent en marche, s'avançant lentement l'un vers l'autre.

Le prince examina l'homme qui se tenait devant lui. Malgré son étrange accoutrement, l'individu lui inspira confiance. Son sourire semblait franc et son regard était empreint d'une grande douceur. Lorsque le chef prit la parole, le souverain, étonné, découvrit que son dialecte ressemblait étrangement à sa langue.

L'homme lui fit comprendre qu'il se trouvait au royaume d'Haghia, un pays habité par des fées, des sorciers et quelques humains. Son nom était Luboak; il était le chef et le grand mage de ce territoire.

Pour souhaiter la bienvenue à ces visiteurs venus de très loin, Luboak convia le prince ainsi que le capitaine et son équipage, à un grand banquet. En acceptant, le prince ne se doutait pas qu'il allait enfin trouver ce qu'il cherchait depuis si longtemps.

Ce fut une soirée pour le moins magique, et les habitants d'Haghia allaient se souvenir longtemps de cette grande fête et de leurs amis venus de par delà l'océan.

Le prince n'avait pas été sans remarquer le charme de la fille aînée de son hôte, la fée Elliha. Son sourire mutin, ses boucles brunes et ses grands yeux verts captivèrent le jeune monarque. Assise en face de lui, elle le questionna sur son pays, sur l'immensité de l'océan, sur les montagnes qui entouraient son château. Le prince, en lui répondant, tentait de cacher l'émoi que la belle faisait naître en lui. Comment pourrait-il gagner son cœur? D'ailleurs, était-il libre? Et il lui faudrait bientôt reprendre la mer pour retourner vers ses sujets. Accepterait-elle de le suivre? Comment lui demander de quitter les siens, de dire adieu à ses vallées verdoyantes, à sa vie?

Le prince chassa ces idées qui risquaient d'assombrir la joie qu'il ressentait auprès de ses nouveaux amis.

De son côté, la jeune femme était troublée. Elle avait été subjuguée par la profondeur du regard si bleu, du prince. Il y avait tant d'amour et de respect lorsqu'il évoquait son royaume et ceux avec qui il le partageait. Elle aurait tout donné pour qu'il lui offre son cœur. Mais pourrait-elle lui demander de quitter son île? Pourrait-il se faire à ce monde, si différent du sien?

Lorsque les appétits furent rassasiés et que les musiciens commencèrent à faire résonner leurs instruments, le prince entraîna la fée Elliha sur la terrasse qui croulait sous le foisonnement de plantes étranges et odorantes. La nuit étoilée, telle une immense écharpe, recouvrit leurs incertitudes et leurs craintes. Elle su inspirer le prince et rassurer la belle. C'est en levant les yeux au ciel, au moment où apparut une étoile filante, que leurs mains se touchèrent. Leur regard se rejoignirent un court instant, avant que leurs lèvres se soudent pour un baiser qui su exprimer d'avantage que toutes les déclarations d'amour.

Ils n'eurent pas besoin de mots pour comprendre que, malgré l'océan qui allait bientôt les séparer, leur cœur continuerait de battre à l'unisson, gardant intact leur amour et leur univers.

A partir de ce jour, on revit souvent, amarré dans la baie du royaume d'Haghia, un grand navire portant le doux nom d'Elliha.
.
Et ils vécurent très heureux …
.
.
Si je lui avais coupé les ailes
Il aurait été à moi
Il ne serait pas parti
Mais ainsi
Il n'aurait plus été un oiseau
Et moi
C'est l'oiseau que j'aimais."
.
(Hegoak)

jeudi 5 février 2009

Repassage à tabac…


Il n'avait rien vu venir. Dès qu'il avait tourné la poignée de la porte de la salle de bain, celle-ci s'était ouverte d'elle-même, comme si elle avait été poussée de l'extérieur. L'adolescent maigrichon n'avait eu que le temps de tendre les bras, évitant ainsi de recevoir en pleine poire le lourd objet qui lui était tombé dessus.

-Tu parles d'une distraction! Se dit le jeune homme de 17 ans en allant ranger la lourde planche à repasser dans le placard où elle aurait dû être remisée. Faite de bois massif, elle avait été fabriquée par son grand-père il y avait de cela très longtemps. Sa mère, qui aurait bien pu remplacer cette vieillerie par une nouvelle plus légère, s'entêtait à utiliser cette ancienne planche qui devait bien peser dans les trente livres.

L'adolescent avait oublié cet incident lorsque, quelques jours plus tard, en voulant sortir de la salle de bain, il se retrouva aux prises avec la fameuse planche qui avait été appuyée sur la porte. Mécontent, mais néanmoins surpris, il alla la remettre à sa place. Puis il partit à la recherche de sa mère qui devait être en train de ranger les vêtements qu'elle venait de repasser; ses distractions finiraient par blesser quelqu'un, à la fin!

Lorsqu'il pénétra dans la cuisine il fut étonné. Sa mère avait les bras blancs de farine et pétrissait une pâte à pain dans un grand bol. Et c'est là qu'il aperçut sa petite sœur, juchée sur une chaise. Qu'il remarqua son drôle de sourire. Soudain, malgré qu'elle fût en train de malaxer, avec beaucoup de vigueur, une petite boule de pâte, il eut un soupçon.

-Maman, as-tu fait du repassage tout à l'heure? Demanda-t-il.
-Du repassage? Non. Pourquoi?

C'est alors que la fillette pouffa de rire, ne pouvant contenir plus longtemps sa satisfaction d'avoir joué un tour à son grand frère.

Les jours passèrent et le jeune homme, lorsqu'il entrait dans la salle de bain, prit l'habitude de tendre l'oreille. La planche à repasser était si lourde qu'il était persuadé qu'il entendrait sa petite sœur la déplacer si elle s'avisait de tenter de l'attraper à nouveau.

Il sous-estima sa sœurette; non seulement elle sut attendre le moment où il baisserait la garde, mais elle arriva, sans faire le moindre bruit, à mouvoir le lourd objet. Ainsi, plusieurs semaines après son dernier tour, la petite peste récidiva. Un moment plus tard, lorsqu'elle entendit le bruit d'une chute suivi d'éclats de voix, elle courut se cacher derrière la jupe de sa mère. Si elle ne craignait pas les représailles de ce grand frère si doux, elle jugeait quand même préférable de se trouver une alliée.

Vous l'aurez deviné, la petite canaille, c'était moi. Et celui que je réussis à berner tant de fois, c'était mon Grand-Frère-Disparu. Ah, le coup de la planche à repasser!

Tiens, il ne faudrait pas que mes nièces apprennent cette histoire! C'est qu'elles ont, elles aussi, une victime euh… un grand frère tout doux. Bof, les planches à repasser sont tellement légères maintenant…

mardi 3 février 2009

Déplier bagage…


Mes bagages n'étaient pas encore défaits que le téléphone se mit à sonner. Bon, d'accord, il est vrai que ça me prend un temps fou à vider mes valises lorsque je reviens de voyage. Des jours? Pffff… pire encore. La plus grosse, celle qui était pleine à craquer lorsque je suis revenue de
Saint-Pierre et Miquelon le 5 janvier dernier, gît encore près de mon lit. A l'intérieur s'y trouvent quelques chaussettes, un pull ou deux et un cahier de notes. J'avais bien cru pouvoir lui régler son compte jeudi dernier lorsque je commençai mes préparatifs pour aller à Amos mais finalement je n'eus besoin que de la petite. Résultat? J'ai maintenant deux valises qui traînaillent dans ma chambre.

Mais revenons à nos sonneries. Mon amie Céline sera absente de son atelier toute la semaine et elle m'avait demandé si je pouvais la remplacer auprès de sa clientèle. En couture, février est un mois tranquille. Le printemps est encore trop loin pour donner envie aux gens de ressortir leurs vêtements légers qui, durant l'hiver seront devenus trop étroits, trop courts ou pas assez tendance.

Néanmoins, deux clientes me téléphonèrent, à quelques minutes d'intervalle, ayant besoin de faire modifier pour une, et raccourcir pour l'autre, quelques vêtements. Une des deux clientes est une jeune femme qui fait le beau métier
d'illustratrice de livres pour enfants. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de la croiser au petit café où j'ai mes habitudes. Elle est la fille de la propriétaire de la boutique dans laquelle mon amie Céline a installé son atelier de réparation, et la sœur de mon technicien informatique qui lui, est le conjoint de la fille de mon ancienne coloc. Vous me suivez? Bref, je la connaissais un peu avant qu'elle ne vienne frapper à ma porte.

Cette
artiste sait ce qu'elle veut. Et elle adore les vêtements. Mais pas n'importe lesquels. Ce qui l'emballe c'est d'aller chiner dans les bazars; elle revient avec des tuniques, des jupes et des robes qui n'ont souvent coûté que quelques sous. Il lui arrive aussi de dénicher des balles de laine, des coupons de tissus et, pour son grand bonheur, de magnifiques rubans et galons décoratifs qui, dans des magasins spécialisés, se vendent plutôt cher.

Commence alors son véritable plaisir: elle imagine telle robe raccourcie ici ou là, superposée sur une tunique ou une autre. Elle coupe les manches d'un pull qu'elle épingle sur celles d'un chemisier ou d'un manteau; elle visualise un col ou un capuchon taillé dans une jupe ou un châle de laine.

Parmi les vêtements que cette designer en herbe m'a apportés, un devra être ajusté tandis qu'un second aura besoin d'être réparé. Un autre, une longue tunique en coton indien, qui fut choisie pour sa couleur, devra être agrandie.

Mais la pièce de résistance est une robe composée d'un corsage qui s'est vu greffé d'une jupe garnie d'une bande de dentelle. Ma nouvelle cliente trépignait littéralement de joie lorsque la couturière à qui elle avait confié la transformation, lui montra le résultat. Mais… une erreur lors de la prise des mesures fit en sorte que la robe, si jolie fut-elle, se révéla beaucoup trop petite. Si petite, qu'elle fut incapable de l'endosser.

Et c'est là que mon intervention fut requise. En utilisant les retailles de tissu récupérées du corsage et en taillant une nouvelle jupe dans un coupon du coton imprimé, je pourrai redonner toute sa dimension à la robe tant désirée. Et ça, juste au moment où j'avais l'intention de songer à évaluer la possibilité de vider mes valises... Zut!

jeudi 29 janvier 2009

Sous bonne garde...


Je m'en vais faire le plein d'amitiés, de rires, de sourires et de belles images, tout là-bas, dans mon Abitibi natale.
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Je vous laisse sous bonne garde...

mardi 27 janvier 2009

Les miettes …


J'étais plutôt fière de moi tout à l'heure, lorsque je refermai la porte de l'atelier. Il était aux environs de 20h00. Je venais de terminer le repassage de soixante étuis pour baguettes magiques et de trente-six pochettes pour bijoux.

En guise de récompense, et histoire de sortir de l'atelier dans lequel j'avais passé les quatre derniers jours, j'avais l'intention de jeter quelques bûches dans le poêle à bois du salon et de m'installer devant la télé pour mettre la touche finale à la petite commande que m'a faite mon ami le Scarabée pour sa boutique virtuelle. Il ne me restait qu'à insérer, dans les trous préalablement perforés, deux cordelettes qui allaient permettre de refermer les étuis et pochettes.

Avant d'aller allumer le feu, je décidai de faire quelques appels à mes amis pour leur confirmer ma présence, le week-end prochain, à Amos. Comme nous allions nous retrouver dans quelques jours, et qu'il me restait du travail à abattre, j'abrégeai la conversation.

J'avalais la dernière bouchée de mon souper tardif lorsque le téléphone sonna. C'était l'ami magicien qui m'appelait pour s'assurer de la quantité des items que je lui apporterais dimanche prochain et vérifier mon inventaire. Le naturel chassé revint au triple galop et en moins de deux, la conversation bifurqua sur un chemin bien connu. Finis les propos barbants sur la marge de profit, les frais de livraison et les quantités minimum. Nous nous mîmes à parler de quête, d'amour, de célibat, d'attentes, d'engagement, de sites de rencontres, d'estime de soi, de complicité, de distances qui n'ont pas toujours d'importance et d'une foule d'autres sujets cent fois ressassés, revus, corrigés. Pendant plus d'une heure…

Avant de raccrocher, mon très volubile ami me demanda ce que je ferais des miettes de soirée qu'il me laissait. Je lui répondis que je remettrais la finition de sa petite commande au lendemain et que ma soirée n'était pas perdue. Réchauffée par les flammes, je boirais un thé, le nez délicieusement plongé dans le roman fabuleux qui me tient compagnie depuis samedi. J'en salivais presque en déposant le combiné!

Quant tout à coup … Oups! Mais où avais-je la tête??? Exit le petit feu, la paresse et la lecture du si palpitant roman! Ce soir, c'est LE soir! Quel soir? Pardi… LE soir où j'ai un billet à publier! Et pas question que je manque à mon engagement sans avoir au préalable averti Grand Frère! Misère… que vais-je bien pouvoir lui raconter? Tant pis! Ce soir il n'aura que des miettes à se mettre sous la dent.

Martin… tu veux bien partager le blâme avec moi? 50% / 50%, ça te va?

dimanche 25 janvier 2009

Un jour spécial …


Il y avait un peu moins d'un an et demi que la petite famille s'était installée à Malartic, ville alors florissante de l'Abitibi.

Deux garçonnets, âgés de 16 et 27 mois dormaient à poings fermés lorsque le médecin, un petit homme châtain, frappa à la porte d'une des maisons de la 3e Avenue. Une infirmière l'accompagnait. Une toute jeune femme les y attendait, visiblement soulagée de leur arrivée. Son époux était absent: il travaillait à quelques rues de là, à la mine East Malartic. Comme beaucoup d'autres, et malgré les conditions difficiles, il avait choisi de délaisser une terre à défricher pour s'engager dans cette mine d'or qui avait été mise en exploitation en 1936.

La jeune femme aux longues boucles brunes était calme; elle n'avait pas peur. C'est un chemin qu'elle avait parcouru déjà. Elle avait confiance. D'ailleurs, n'était-ce pas un jour spécial?

Les aiguilles de l'horloge ralentirent leur course durant quatre heures, peut-être cinq. La douleur se mit à gonfler, intense et viscérale. Puis, telle une marée, elle reflua pour mieux revenir, encore et encore, laissant chaque fois la jeune femme à bout de souffle, exténuée. C'est alors, au prix d'un effort vertigineux et d'une ultime poussée, qu'une petite tête apparut enfin, suivie d'un corps menu qui ne se fit pas prier pour hurler sa désapprobation d'avoir été expulsé de son nid chaud et enveloppant.

Lorsque le jeune homme émergea des entrailles de la mine, au petit matin, il courut chez-lui. Car c'était un jour spécial. Au moment où il ouvrit la bouche pour lui offrir ses vœux, il rencontra les yeux brillants et remarqua le sourire étincelant de son épouse. Émerveillé, il découvrit aux creux des bras de celle qui partageait sa vie depuis plus de trois ans, un petit être endormi et repus. Il n'eut pas le temps de formuler sa question…

-C'est une fille, l'entendit-il murmurer. Une belle petite fille qui portera ton prénom, ajouta t'elle.

Le nouveau papa, la gorge nouée par le bonheur, enlaça les deux femmes de sa vie. Car c'était un jour spécial.

Ce fut le jour de son 23e anniversaire, que ma mère donna naissance à sa première fille, ma Grande Sœur. Aurait-elle pu souhaiter plus beau cadeau?

Bonne fête Maman!

Happy Birthday Grande Sœur!

Vous êtes les deux femmes de ma vie, à moi aussi.

vendredi 23 janvier 2009

Mieux vœux tard que jamais…


Tout à l'heure, lors de mon appel quotidien, j'annonçai à Maman qu'une amie, qui fut ma meilleure durant de longues années, allait se marier, le dernier samedi de janvier.

Silence au bout du fil…
-Quel âge a-t-elle maintenant? Demanda ma mère.
-Euh… le même que moi, c'est-à-dire la quarantaine plus un petit tas de poussière.
-Ah..., conclut ma génitrice.

Je fis alors remarquer à Maman, comme si elle ne le savait pas déjà, que j'étais dorénavant la seule de la famille qui n'ait jamais dit "oui je le veux". Plus précisément, lui ai-je confié, personne ne m'avait jamais demandé de l'épouser. Aucun ex-petit ami n'avait même discuté d'une éventuelle possibilité d'unir sa vie à la mienne. Sans doute avaient-ils vite découvert que, sous mon vernis de fille douce, gentille et souriante, se cachait une femme indépendante, entêtée et solitaire.

Certains se marient pour réaliser un rêve, comme LadyDi qui, après plus de dix ans de vie commune et deux enfants nées de cette union, voulut entendre Frérot clamer haut et fort: "Oh que oui, je le veux!". D'autres le font pour diverses raisons: la promesse d'engagement, l'assurance de fidélité, le besoin de sécurité ou, pour la meilleure qui soit, simplement par amour.

Je n'ai jamais désiré me marier. Mais si un jour je pouvais redessiner ma route, parallèle à celle d'un homme que je choisirais comme compagnon de voyage, à la cérémonie et au contrat, je préférerais une randonnée en montagne. Peut-être ici. Peut-être là-bas. Peut-être ailleurs. Une fois au sommet, tout près du ciel, là où on se sent si petit face à l'immensité, ma main trouverait la sienne et ensemble, nous trinquerions à l'avenir qui n'est pas encore écrit. A des projets communs, à des rêves partagés. Sans obligation, sans promesse, mais avec beaucoup d'amour et …du vin frais plein nos thermos.