mardi 9 février 2010

Oeuvre inachevable ...


J’ai toujours été impressionnée par ceux qui, en quelques coups de pinceau, transforment un simple bout de toile tendu sur un cadre, en œuvre et parfois, en chef d’œuvre.

À ce jour, mes seules expériences peinturluresques s’étaient limitées, enfant, à la pratique de la "peinture à numéro" et, plus tard, au badigeonnage de couleurs sur mes bricolages en pâte à sel. Par conséquent, lorsque j’appris que le Service des loisirs de ma ville offrait un cours d’initiation à la peinture, je n’hésitai pas à m’inscrire.

Aujourd’hui, j’assistai à ma troisième leçon. Si au cours des deux premières nous avions révisé ce que sont les couleurs primaires et expérimenté des mélanges pour obtenir les couleurs secondaires puis complémentaires, cet après-midi, nous allions enfin déployer nos talents de créateurs. Après voir passé la première heure à tenter d’obtenir entre autres des ocre, chair, violet et brun suspect, nous fîmes notre premier vrai exercice intitulé le "dessin à l’aveugle".

Il s’agissait de s’asseoir en face d’une autre élève et de faire son portrait sans la quitter des yeux. En commençant au milieu du canevas, et sans soulever le crayon, nous devions dessiner la moitié du visage de notre vis-à-vis, des cheveux aux épaules, puis, en regardant notre dessin, nous repositionnions notre crayon et procédions à la seconde moitié du visage, toujours les yeux posés sur l’autre qui, pendant ce temps, faisait le même exercice.

Le dessin terminé, il nous fallut y appliquer la peinture à l’huile en respectant les consignes suivantes :

- L’arrière-plan devait être en dégradé, foncé en bas, plus pâle en haut.

- L’intérieur des yeux serait noir (à la Modigliani).

- Les deux côtés du visage devaient être peints de couleurs différentes.

- Les mélanges de pigments devaient être faits directement sur le canevas et non sur la palette.

Cet exercice, apprécié de toutes, fut hautement révélateur et durant les soixante dernières minutes du cours, je m’amusai comme une enfant. Hélas, le temps fila et il me fallut tout ranger sans avoir pu terminer mon tableau.

Même parmi les œuvres de grands maîtres, certaines furent destinées à demeurer inachevées, comme celle de Michel-Ange, la "Mise au tombeau".

Je sais… il faudrait être aveugle pour ne pas voir que la mienne a tout ce qu’il faut pour s’y retrouver!!!
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dimanche 7 février 2010

Roman café ...


Hier après-midi, l’irrépressible envie de sortir de chez moi et de voir du monde guida mes pas vers le centre-ville. Si ma première idée était de découvrir le Café de la Gare, je choisis ce petit bistro situé à l’intérieur du Faubourg Saint-Sauveur où je ne m’étais jamais posée et qui, l’été venu, ouvre sa jolie terrasse sur l’effervescence de la rue Principale.

L’endroit me plut immédiatement; une allure qui tient davantage du bistro que du café, un personnel accueillant et sympathique et un petit fond de musique qui met de l’ambiance sans casser les oreilles. Séparée par un mur, la place se divise en trois aires : celle du bar qui donne sur la rue et où se trouve le présentoir à sandwiches et à desserts; celle à droite de l’entrée, meublée de tables basses que choisissent sans doute ceux qui désirent avoir la paix, et finalement celle à gauche en entrant où sont disposés de hauts tabourets et leur table ainsi qu’un comptoir qui fait face au mur, lequel est percé d’ouvertures qui permettent d’observer ce qui se passe côté bar. Sans trop hésiter, je choisis le comptoir; la place était quasi inoccupée et j’allais pouvoir bouquiner sans me sentir bousculée.

Après avoir délesté mon plateau du latté et de la tranche de gâteau aux carottes et ananas, je sortis de mon sac un roman emprunté à la bibliothèque municipale. Écrit en 2000, «Les six degrés du désir» de l’auteur Marc Fisher me semblait de circonstance. Février n’est-il pas le mois de l’amour? Au moment où je j’apprêtais à escalader mon siège d’une hauteur vertigineuse, un homme s’avança dans ma direction pour prendre place à la seule table basse de la section, juste à ma gauche. Nous venions d’échanger un sourire et deux mots sur la taille de mon tabouret sur lequel j’avais réussi à grimper sans trop d’inélégance, lorsqu’une femme vint le rejoindre.

Malgré mes efforts de concentration pour suivre monsieur Fisher dans les méandres amoureux de ses personnages, j’entendis, sans écouter, des bribes de la conversation que tenaient mes voisins. Il était question de condo, de maison qu’il n’était pas sage de vendre pour l’instant, de choix que l’homme devait faire, d’avis qui ne semblaient pas pertinents et de commentaires que l’autre n’écoutait pas. Un instant, je me questionnai à savoir si ce couple était marié ou s’il s’agissait d’un frère et de sa sœur.

Je me replongeai dans mon roman et ne vis pas les minutes s’écouler. Ce n’est que 150 pages plus tard que j’émergeai des histoires de passions interdites, de désillusions, de désir qui s’émousse et des amours flous que vivaient Charles, père divorcé et éditeur, et sa fille Lisa, amoureuse d’un homme marié qui était son patron et celui de son paternel.

Au même moment, je vis du coin de l’œil la femme mettre son manteau et l’entendis annoncer à son compagnon qu’elle allait régler l’addition. L’homme se leva à son tour et, lorsqu’il passa derrière moi, je me tournai pour le saluer; il s’arrêta à ma hauteur et retira ses verres fumés. Son regard, d’un bleu presque délavé, s’attacha au mien le temps d’un instant. Il replaça une mèche de sa chevelure pâle et abondante, le visage éclairé d’un sourire un peu timide.
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«Je veux simplement vous dire que vous êtes très belle…», murmura-t-il.

Avec beaucoup de douceur, il déposa brièvement sa main sur mon bras, puis il remit ses verres teintés et se dirigea vers la sortie sans se retourner, pendant que, sous l’effet de ce charmant compliment, mes joues et mon front se coloraient d’un rose vif.

Vous voyez les filles? Il existe encore des hommes romantiques à notre époque! Des mecs qui ne craignent pas qu’on prenne leurs compliments pour des avances. Qui ne s'empêchent pas de nous faire la cour de peur de se voir traiter de derniers des Casanova ou qu’on crie «à l’aide» parce qu’ils jouent les Roméo.

Bon d’accord, le mien, mon Roméo, il devait avoir plus de 70 ans, mais n’empêche, n’est-ce pas un tout petit peu encourageant? Euh, non, vous ne trouvez pas? Honnêtement, moi non plus…


PS : C’est l’anniversaire d’un ami saint-pierrais aujourd’hui.
Bonne Fête mon Insulaire!!!
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jeudi 4 février 2010

Massacre au ciseau ...


Alors que rien ne m’y préparait, on me brandit sous le nez le corps quasi déchiqueté de la victime d’un abominable massacre. À première vue, il était clair qu’on s’était acharné sur elle et que si je voulais la sauver, il me fallait procéder à l’ablation des tissus lacérés.

Après avoir déposé délicatement la pauvre chose sur ma table, je l’examinai sous toutes ses coutures et je ne pus réprimer un hoquet de dégoût… Comment avait-on pu faire autant de dégât et surtout… avec quoi?

«Ben, avec un ciseau à papier, vous savez comme ceux qu’on donne aux enfants pour pas qu’ils se blessent», me répondit candidement une nouvelle cliente.

«Un … un ssssciseau pour bricolage????», réussis-je à prononcer, malgré la défection de mes glandes salivaires.

Sous les airs angéliques de celle dont je tairai le nom (coucou Denise!), se cachait un bourrelet de l’ourlot euh… un bourreau de l’ourlet (j’en suis encore toute chamboulée…) qui, au lieu de marquer d’une épingle la longueur voulue du vêtement, le tailladait à l’aide d’un ciseau de qualité médiocre, émoussé de surcroît.

Si c’est ma première histoire d’horreur laurentienne, je crains qu’elle ne soit malheureusement pas la dernière …

Je sais; pour faire ce métier, il faut avoir du cran, beaucoup de cran…
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mardi 2 février 2010

Pouvoirs de séduction ...


«On ne connaît que les choses qu’on apprivoise.»
Antoine de Saint-Exupéry.


En ce qui me concerne, celui qui réussira à capter mon attention devra posséder ce je-ne-sais-quoi qui attire le regard et qui me donnera envie de le découvrir, du moins, en surface.

Pour m’apprivoiser, il lui faudra, dès les premiers mots, éveiller ma curiosité. Peu à peu, il se dévoilera, conservant une part de mystère sans toutefois me laisser stagner dans l’ombre de ses trop nombreux secrets.

Et pour vraiment me séduire, il devra me fera rire. Je craquerai pour la subtilité de ses jeux de mots, pour la haute voltige de ses phrases et pour la couleur de ses dialogues. Il lui faudra non seulement avoir du caractère, mais de la finesse d’esprit, car je lui pardonnerai difficilement d’être redondant, de se contredire ou de me raconter des histoires invraisemblables. J’en ai vu d’autres…

Je serai exigeante et n’accepterai sous aucun prétexte qu’il se vautre dans la paresse en croyant qu’une fois sous ses couvertures, je laisserai passer ses maladresses sans renâcler. S’il advient qu’il me fasse verser des larmes, je lui pardonnerai, car nous saurons tous deux que, tôt ou tard, un autre les séchera.

Je confesse qu’il m’est arrivé de me fermer d'avance, persuadée que ce serait du temps perdu. À cause de mon impatience, j’ai souvent repoussé ceux qui étaient trop lents à me conquérir ou que je soupçonnais d’être incapables de le faire. Pourtant, la semaine dernière je me retrouvai face à l’un d’eux. C’était notre seconde rencontre. Si, dès le départ, son allure m’avait séduite, rapidement j’avais douté de ses prétentions et, sans autre procès, j’avais décidé de mettre fin à l’histoire.

Les semaines passèrent et, en dépit de mon manque d’intérêt, arriva le jour où certains de mes besoins primaires réclamèrent d’être assouvis; faisant taire mes préjugés, mais sans enthousiasme, je consentis à faire un nouvel essai. Je n’allais pas le regretter.

Malgré qu’il ne soit pas le plus drôle, qu’il se contente d’être parcouru au lieu d’être dévoré, le roman léger de Lisa Lutz «Les Spellman se déchaînent» me fait passer du bon temps. Je n’irais pas jusqu’à le prescrire à mes copines, mais il me donne un certain plaisir; c’est quand même mieux que l’abstinence!

Les Spellman sont détectives de mère et père en filles. Isabel, membre du clan, nous raconte les curieuses manies de sa famille pour le moins déjantée. Au fil des pages, elle tente de percer le mystère des soudains et étranges comportements de ses parents et de sa fratrie. En souriant, je suis l’enquête qu’elle livre sur «le sujet» séduisant qui vient tout juste d’emménager dans le voisinage. Si dans les premières pages j’eus du mal à mordre à l’hameçon, à partir de la 90e, la narratrice réussit à pondre des dialogues assez divertissants.

Si je me laisse apprivoiser, page à page, je ne suis toutefois pas certaine qu’à la 460e je serai tout à fait séduite. Ça ne fait rien, la voie sera bientôt libre pour d’autres qui sauront, sans aucun doute, me faire craquer…

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dimanche 31 janvier 2010

Matière à sourire ...


«Vous savez ce que vous devriez faire? », dis-je à ma cliente qui était venue chercher deux pantalons qu’elle m’avait demandé d’ajuster.

«Non ?»

«Vous devriez attendre d’avoir trois ou quatre pantalons à faire raccourcir et les confier à votre ancienne couturière. Ainsi, vous rentabiliseriez votre visite à Ste-Adèle en plus d'économiser sur le coût des ourlets. »

«Euh… non, je n’ai pas envie de retourner à Ste-Adèle, j’aime ça venir ici!» s’empressa de répondre la dame.

Bon! Une chose de réglée!

En fait, cette cliente trouvait que mon tarif de $15, pour avoir raccourci son pantalon de laine et avoir cousu l’ourlet à la main, était trop élevé. Car, me disait-elle, son ancienne couturière ne lui réclamait que $10 pour un travail similaire. D'où ma suggestion…

Cette cliente, somme toute plutôt gentille, est toujours inquiète lorsqu’elle me confie un vêtement. Chaque fois qu’elle me demande de rétrécir un pantalon ou une jupe sur les côtés, elle me souligne que je devrai faire attention pour ne pas arrêter ma couture abruptement, que ça pourrait faire une bosse, mais qu’évidemment, elle n’y connait rien et que je saurai sûrement comment faire. Puis, en examinant les corrections que j’ai apportées, elle trouve toujours une anomalie.

«Je vais le porter et si ça m’agace trop, je reviendrai…», me dit-elle alors. Et jamais je ne revois ledit vêtement.

Vous savez quoi? Cela me fait sourire... J’ai bien l’impression que cette cliente n’a pas fini de me fournir de la matière à écrire!

vendredi 29 janvier 2010

Introduction sans effraction ...


«Il y a quelqu’un?» lançai-je par la porte entrouverte?

«Y a-t-il quelqu’un?», répétai-je un peu plus fort en m’avançant dans l’embrasure. Ma voix résonnait entre les murs de l’appartement vide. Mais l’était-il vraiment? Sincèrement, je l’espérais. J’hésitai à entrer, mais d’un autre côté, il fallait que j’en aie le cœur net. Comme il n’y avait pas de carpette, je déposai le pied sur les lattes de bois et retirai une botte neigeuse, puis la seconde avant de refermer la porte.

«Hou! Hou!», fis-je en m’avançant dans la grande pièce qui faisait office de salle à manger et de salon, mes chaussures dans une main. Un poste de radio était allumé quelque part. Je jetai un coup d’œil dans la minuscule cuisine à ma droite: personne.

Je retournai dans le salon et empruntai le corridor qui menait vraisemblablement aux chambres.

«Ho! Il n’y a personne?”, dis-je d’une voix de moins en moins assurée, regrettant de ne pas avoir apporté mon cellulaire, un bâton ou ma poivrière remplie de Cayenne.

En face de moi, une porte vitrée était fermée et, au travers, je ne vis rien de suspect. Au bout du corridor, à droite, j’aperçus une baignoire ancienne dont le contour avait été repeint en brun. Elle était heureusement vide tout comme la pièce. Puis soudain, un bruit me fit sursauter. Je n’eus que le temps de faire un pas en arrière, qu’une forme noire surgissait d’une chambre à ma gauche, pour disparaître dans le salon.

«Y a-t-il quelqu’un?», criai-je une dernière fois avant de rebrousser chemin. J’hésitai un instant et, des yeux, je balayai la table à la recherche d’un bout de papier et d’un crayon. Ne trouvant ni l’un ni l’autre et n’ayant pas trop envie que la propriétaire des lieux me découvre dans sa salle à manger, je sortis précipitamment, sans toutefois verrouiller la porte.

De retour chez moi, et après quelques recherches sur internet, je signalai un numéro et laissai ce message sur une boite vocale.

«Bonjour Madame L., j’habite en face de chez vous. Vers 10h45 j’ai aperçu la porte de votre maison grande ouverte et comme c’était plutôt étrange, je suis allée voir de quoi il en retournait. D'ailleurs, vous remarquerez l’empreinte de mes pas sur votre galerie et, j’en suis désolée, deux petites flaques de neige fondue sur le parquet de votre salle à manger. Ah, oui, j’ai croisé un chat noir dans votre maison ; j’espère que c’est le vôtre…»

Mon esprit fertile avait imaginé un tas de scénarios, passant du cambriolage au braquage à domicile, de l’attaque cérébrale à la jambe cassée et de l’amnésie à la maison hantée. Heureusement, je n’eus à effectuer aucune manœuvre de réanimation, à simuler être ceinture noire en karaté, ni à appeler en renfort un exorciste ou des représentants de la force policière.

Dans cette aventure qui n’en est même pas une, les seules qui en conserveront peut-être des séquelles, sont les pauvres plantes qui ont passé un mauvais quart d’heure, si ce n’est davantage, près de la porte béante qui laissait entrer le froid de canard qui sévissait aujourd’hui.

mercredi 27 janvier 2010

En mille miettes ...


Ce matin, j’ai appris que mon p’tit homme n’était plus. Celle à qui je l’avais confié me l’a annoncé dans un courriel qui ne donnait que peu de détails. Je n’aurais pas dû lui demander qu’elle m’explique comment, à 6 ans seulement, Pixel avait quitté ce monde prématurément. Parce que maintenant, je sais que j’aurais pu faire quelque chose, comme payer pour les soins d’un vétérinaire qui lui aurait sauvé la vie ou, du moins, qui aurait abrégé ses souffrances lorsqu’il n’y eut plus rien à faire. Mais, dans les deux cas, il est trop tard…

Pixel fut mon complice, mon ami, presque mon enfant. Avec lui j’ai ri, j’ai joué, je me suis brouillée puis réconciliée.

Jamais plus je ne verrai sa petite bouille impayable, sa queue en tirebouchon et ses yeux si expressifs, si intelligents. Je n’aurai plus à réfréner mon envie d’aller le réclamer à celle qui était sa nouvelle maîtresse. Je n’ai plus aucune chance de le croiser lorsque je retournerai à North Hatley, ni de le caresser et de le laisser me mordiller les doigts et me lécher le nez.

Maintenant qu’il est trop tard, je regrette de m’être séparée de lui… et mon cœur est en mille miettes.


Si le vôtre vous en dit, voici les liens de billets dont Pixel fut la vedette :

La fin des regrets / 4 kilogrammes de terreur / Les carottes sont crues / Chien chaud / Joyeuses Pâques / L’amour / Repos du guerrier / Comme chien et chat / Avant de partir