vendredi 27 août 2010

Quand on se compare ...


«J’ai fait une grosse dépression et j’ai beaucoup maigri…», me dit d’emblée cette nouvelle cliente, une femme entre deux âges au visage marqué par la vie et la tristesse.

«J’ai tout perdu… le monsieur chantait bien… c’est de ma faute si j’ai tout perdu…».

Elle était là, devant moi, s’accusant d’avoir été la victime d’un fraudeur, d’un beau parleur. Si fragile sous sa fausse chevelure qui n’arrivait pas à se faire passer pour une vraie; si pâle avec ses sourcils dessinés au crayon qui donnaient à l’ensemble une image désolante.

«Non, ce n’est pas de votre faute!», lui répondis-je, peut-être un peu trop fort. «La faute revient toujours à ceux qui abusent de la confiance des gens, toujours… », ajoutais-je, le cœur rempli de chagrin pour cette dame qui, en plus d’avoir vu disparaître les économies d’une vie, avait vu s’envoler avec elles son amour propre.

Pendant qu’elle essayait ses jupes un peu usées et que j’épinglais les bandes de taille qu’il me faudrait raccourcir, je songeais à ma propre vie.

Si mon portefeuille fut jadis mieux garni, si je m’oblige à garder le sourire malgré les factures qui arrivent et les contrats qui tardent, le toit sous lequel je m’abrite est le mien. J’ai aussi le privilège de faire un boulot qui me plait et la liberté d’en ménager l’horaire à ma guise. Je vis où j’ai choisi et mon horizon n’est barré d’aucune frontière. Et surtout, ma fierté est intacte.

Lorsqu’on mesure nos petits bobos aux blessures des autres …

… on se console.


9 commentaires:

François Sobieraj a dit…

Il y a déjà quelques années que j'ai enseigné à mes enfants qui la citent encore souvent cette maxime attribuée à Nietzsche :
"Quand je me regarde, je me désole ;
quand je me compare, je me console".
Comme quoi...

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

... ce qui est "désolant" c'est qu'on oublie souvent de se "consoler"... Moi aussi ça me révolte, les gens qui abusent ou profitent de leur entourage...

Petit train va loin a dit…

Le contentement apporte le bonheur même dans la pauvreté. Le mécontentement apporte la pauvreté même dans la richesse. Confucius

Ceci dit, ça me révolte aussi les gens (beaux parleurs) qui abusent des gens de leur entourage. Je suis une personne qui fait confiance facilement; par contre, il ne faut pas trahir ma confiance, car qui la trahit, la perd pour la vie. Dommage pour cette dame.

Anonyme a dit…

Je préfère de beaucoup la fierté et la liberté de choisir un travail qui me plaît. Je n’aime pas devoir me comparer pour prouver à l’entourage le bien-être qui m’habite. Ce ne sont pas les sous gagnés de façon arbitraire qui font la joie de vivre.

Par contre je vois malheureusement dans mon travail des gens abusés, détruits qui méritent qu’on les écoute.

Prendre le temps d’écouter leur procure un bien inestimable.

D’accord avec Fitsou, que souvent on oublie de se consoler …

Le factotum

Zoreilles a dit…

Belle réflexion que tu nous offres là, pleine de sérénité, d'empathie pour les autres et des choix assumés qui sont les tiens.

Je suis aussi travailleuse autonome et si nous oeuvrons dans des domaines différents, je comprends souvent qu'on fait face aux mêmes questionnements et qu'on en vient aux mêmes conclusions qui nous... consolent.

Probablement que nous ne manquerons jamais de rien.

Lise a dit…

Sally Fée,

si tu pouvais t'imaginer combien les mots que tu as dit à cette nouvelle cliente ont dû lui réchauffer le coeur! D'accord avec Zoreilles, tu as un don d'empathie, et cette dame est certainement sortie de chez-toi réconfortée par l'accueil qu'elle a reçu. Quand l'estime de soi, l'amour propre foutent le capms (en bon québécois), il ne reste pas grand-chose, j'en sais un bout sur le sujet, sans vouloir me comparer.

J'espère qu'elle réussira à ramasser les morceaux, afin de reconstruire sa vie...

Tu es VRAIMENT une Fée!

Sally Fée a dit…

@ François:

... il faut toujours écouter son papa? Surtout lorsqu'il a raison!

;O)

@ Mon Ange:

Malheureusement, il y aura toujours des abuseurs et des abusés... triste.

@ Petit train va loin:

Enfant, je rêvais d'être un justicier (j'admirais Zoro et Robin des Bois) et de punir tous les méchants qui abusaient de la confiance des gens. Ce beau "chanteur" en aurait eu pour son argent...

;O)

@ Factotum:

Écouter sans juger; c'est le plus grand réconfort que l'on puisse offrir à ceux qui furent trompés.

Bienvenue chez moi!

@ Zoreilles:

"Probablement que nous ne manquerons jamais de rien."

Comme c'est juste! J'ai bien faire rire une amie qui se reconnaîtra lorsque je lui ai dit, il y a quelques années "de l'argent, lorsqu'il n'y en a plus, il y en a encore...". Je ne sais pas trop comment ça fonctionne (je suis nulle en chiffres) mais ... ça marche!

@ Lise:

J'espère sincèrement que mes mots purent mettre un peu de baume sur une parcelle de son immense blessure.

Tu sais que "pour de vrai", j'aurais aimé être une fée... p't'être dans une autre vie?

:O)

Nanou La Terre a dit…

Je retiens le privilège de ton boulot. Vois-tu, je suis dans la même situation que toi et je me dis la même chose. Quelle chance, nous sommes libres, faisons ce que nous aimons et pouvons apprécier les jours qui passent, n'est-ce pas?

Bon week-end

Sally Fée a dit…

@ Nanou La Terre:

"Liberté"... n'est-ce pas la plus grande richesse que nous puissions posséder?

Bonne fin de semaine à toi aussi!

:O)