jeudi 16 septembre 2010

De meilleurs jours pour Mimi ...


«Vous lui avez probablement sauvé la vie…» me dit l’homme au bout du fil. «C’était une question d’heures, de jours...», ajouta-t-il.

Cette histoire avait débuté plus tôt cette semaine. Denise, une cliente, m’avait raconté qu’un vieil homme, habitant à deux coins de rue, devait quitter sa maison à la fin du mois pour aller vivre en résidence et qu’il devait se résigner à se séparer de son chien. Ça m’avait touchée…

Hier en fin de journée, me dirigeant vers la petite épicerie Tradition, j’aperçus le vieux monsieur assis sur sa galerie et non loin, attaché à une corde, un chien jaune qui me sembla en piteux état.

«Bonsoir Monsieur! On m’a dit que vous vous apprêtiez à déménager…» Bon, c’était plutôt facile à deviner: sur le terrain de sa maison décrépite, une pancarte VENDU surmontait celle d’un agent immobilier et était entourée de meubles disparates, de vieux trucs et de bricoles destinés au camion de ramassage des ordures.

Lorsque je m’approchai de l’homme, la boule de poils émit quelques jappements puis, de peine et de misère, retourna se coucher en boitant.

«Amenez-vous votre chien?» lui demandai-je, connaissant la réponse.

«Non, j’peux pas. Va falloir que j’m’en débarrasse!»

«C’est triste… Tenez, je vous laisse ma carte, si parfois vous ne trouvez pas preneur, je pourrais peut-être …»

«Voulez-vous payer pour l’avoir ou si vous la voulez gratisse?» me coupa le vieil homme.

«… Euh… enfin, j’avais cru comprendre que vous désiriez la confier; je pourrais vérifier auprès de mes clients pour savoir si quelqu’un désire l’adopter.»

«Est à ma fille; a devrait arriver dans pas long; vous vous arrangerez avec elle».

Au moment où je m’apprêtais à poursuivre mon chemin vers le marché, une voiture se gara dans le stationnement et une femme corpulente, la cigarette au bec, en sortit.

Après lui avoir raconté que j’aimais beaucoup les animaux, que j’habitais tout à côté et que je pourrais sans aucun doute accueillir son chien le temps de lui trouver un foyer, je lui laissai le temps d’assimiler toutes les données et de terminer sa cigarette.

«Ben, y a un monsieur qui la voulait. Si la veut pas, j’vous téléphonerai. Est ben fine pis est opérée. A jappe un peu par exemple, mais est ben fine. Je l’ai ça fait 6 ans.»

Pendant que la femme me parlait, je regardais la pauvre petite chose tremblotante qui peinait à marcher. Elle vint vers moi, le corps étrangement tordu. Doucement, elle se souleva et mit ses pattes antérieures sur mon genou et se laissa caresser la tête. Sous mes doigts je pouvais sentir le poil feutré en boules dures. Pour me remercier, la chienne me lécha la main puis s’en retourna se coucher. Lorsqu’elle me tourna le dos et que je vis son arrière-train, je compris… Une masse brune et compacte s’était formée juste sous sa queue et le pelage de ses fesses s’y était collé.

Je retournai chez moi, le cœur aussi lourd que le sac de victuailles qui me sciait l’épaule. De toute la soirée, je ne pus effacer l’image de la petite chienne souillée et souffrante. Ce que j’avais observé me faisait craindre le pire. N’y tenant plus, je fis une recherche rapide sur internet avant de laisser un message sur une boite vocale, priant le destinataire de me rappeler le plus tôt possible.

C’est vers 8h30 ce matin que l’appel que j’attendais arriva, ravivant ma détermination. À 10h00 je me stationnais chez le vieil homme où sa fille m’accueillit.

«Ouin, vous la voulez vraiment, hein?», me dit-elle sur le pas de sa porte.

«Avez-vous eu des nouvelles de l’homme qui désirait adopter votre chien», lui demandais-je.

«Non, c’est un ami de mon père, pis y a pas donné de nouvelles» me répondit-elle.

Je sortis alors de ma poche 2 billets de $20 et lui tendis.

«Je vous donne $40 à la condition que je puisse partir avec le chien tout de suite. J’ai pris rendez-vous avec un toiletteur et il peut me recevoir immédiatement. Le reste de la semaine, je serai à l’extérieur. C’est à prendre ou à laisser», débitais-je d’une traite, mentant à demi.

À 10h10, je poussais la porte de l’Académie canine des Laurentides sans m’être annoncée et fis la connaissance de Michel Leduc qui ne fut pas surpris de me voir arriver, tenant à bout de bras un chien qui faisait peine à voir et qui dégageait une odeur épouvantable.

C’est vers 15h00 que je retournai à l’Académie. Michel m’apprit que pendant la tonte, il avait dû s’interrompre pour laisser un répit au chien. Qu’il avait même cru, à un certain moment, que la bête allait mourir tant sa souffrance était grande. Qu’il lui avait donné un massage pour faire baisser la tension. Que sous le feutre des poils, il avait découvert un énorme abcès sur la cuisse interne droite. Que les organes génitaux étaient recouverts d'excréments et que l'anus était obstrué par une masse de matières fécales durcies. Que les jours de Sibelle étaient comptés lorsque mes pas m’avaient menée sur sa rue hier.

«Vous lui avez sauvé la vie… », répéta Michel Leduc.

Pendant que j’écris ces lignes, Mimi, alias Sibelle, dort sous ma table de coupe, étendue sur une couverture prêtée par Jules. Si elle a semblé apprécier la maison et le jardin cet après-midi, ce soir elle est exténuée et n’en mène pas large.

Demain sera un jour meilleur…








Merci Michel… pour ton professionnalisme, pour ta disponibilité, ta générosité et pour ta compassion.
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Vous trouverez les coordonnées de l’Académie canine des Laurentides juste ICI.
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Sur Facebook (en attendant la page officielle), c’est juste .
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9 commentaires:

Pierre-Leon a dit…

Je reconnais là ton grand coeur...

François Sobieraj a dit…

Extraordinaire !!!
Quelle gentillesse !
Et quel talent de conteuse !
Chapeau, Madame "Noé" !!!

le factotum a dit…

Bravo madame la Fée.

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit? Tu me fais monter les larmes aux yeux tellement ta compassion à toi, est grande pour les animaux...
Je serai gênée de raconter l'histoire de la mienne, mon Amie la maigrichonne... Je l'ai justement photographié hier... quelle coïncidence!
Elle m'a accompagné pour la deuxième fois dans ma randonnée à vélo... Mais hier, elle est venue me sentir et se réfugier près de moi quand elle a entendu des coups de fusil... Mais je n'aurais pas ton courage de l'adopter... Je ne vois pas comment je ferais dans mon "grand" 2 1/2... J'ai hâte de faire la connaissance de Mimi! Salue-la de ma part et explique-lui qu'elle a une "Tante" qui demeure bien loin mais qui ira probablement la voir en novembre... xoxo

Zoreilles a dit…

Avec son histoire si bien racontée, ça y est, on l'aime déjà passionnément, on s'est attaché à elle maintenant, on voudra tout savoir de sa nouvelle vie avec toi, Jules, Triploreil(le), les voisins d'à côté et ceux d'en haut.

Elle a une « maman adoptive » tellement tendre et généreuse, une vraie de vraie Fée...

RAnnieB a dit…

Wow ! J'ai la gorge serrée et les yeux pleins de larmes.

Il y en a tant de ces pauvres bêtes qui souffrent. Non pas par méchancheté mais par négligence, par ignorance.

Cela est sûrement un de tes plus beau tour de magie ma chère fée. Mimi est adorable et tout le monde peut le voir maintenant, grâce à toi.
Bravo !

Claire a dit…

Ouf...Quelle histoire!
Tu es vraiment une Fée...

Lise a dit…

Elle est vraiment mignonne, et jolie avec ses grandes oreilles qui ressemblent à des ailes de papillon. Très touchant ce billet, que j'avais lu hier, la larme (ce qui est fréquemment le cas ces jours-ci) à l'oeil.

Je réagis comme toi face aux animaux négligés, et je sais que je serai la future "mémère à chats" du quartier, c'est déjà commencé. Si j'étais riche je voudrais les sauver tous, et aussi mettre fin à la misère humaine; ça fait tellement mal au coeur!

Jules aura une bien gentille compagne canine. Mimi c'est joli et Sibelle l'était aussi mais sonnait comme...Pixel...n'est-ce-pas?

Tu es une gentille Fée!

Lise ♥

Sally Fée a dit…

@ Mon Taximan, Monsieur François, le Factotum, Mon Ange, Zoreilles, RAnnieB, Claire et Lise:

Merci pour vos commentaires et votre soutien. Si Mimi connaîtra dorénavant une "vraie" vie, il n'en est pas de même pour trop de bêtes mal aimées, négligées et maltraitées.

Le cas de Mimi aurait pu, m'a-t-on dit, être dénoncé à la SPCA et à la police. Ne fermons pas les yeux devant la cruauté faite aux animaux.

Merci encore!

xxx