jeudi 5 mars 2009

Un amour affranchi ... 5e partie


Voilà près d’une semaine qu’Éva hésitait. La lettre de son admirateur l’avait touchée, certes. Mais elle n’arrivait pas à se décider; avait-elle envie de lui répondre? Cela risquait de chambouler sa vie. Il y avait maintenant deux ans qu’elle vivait sans amour. Elle avait appris à ne plus l’attendre, à vivre sans.

Pourtant, ces quelques phrases avaient réveillé quelque chose de profondément enfoui en elle. Elle devait se l’avouer, même si elle jouait la frondeuse devant ses amis, l’amour lui manquait parfois. Et lorsqu’autour d’elle des gens succombaient au coup de foudre, elle les enviait un peu.

Éva avait glissé la feuille bleue entre les pages de son livre de chevet. Et le soir, avant d’éteindre, elle relisait les sept phrases qu’elle connaissait maintenant par cœur. Qui pouvait être ce L.D.? Comment avait-il su où elle habitait? Il avait écrit qu’il l’avait croisée à plusieurs reprises… Elle tentait de se rappeler les nouveaux visages qu’elle avait pu rencontrer récemment. Personne n’avait attiré son attention ou tenté de se faire remarquer. Il y avait bien ce beau brun qu’elle avait vu quelques fois. Éva admit qu’elle lui avait trouvé beaucoup de charme jusqu’à ce qu’elle l’aperçoive en compagnie de celle qu’on surnommait la croqueuse d’hommes, la blonde Mélanie. Après coup, il lui avait semblé beaucoup moins attirant. Mais peu importait puisque sa relation l’éliminait par le fait même. Celui qui lui avait écrit sous-entendait qu’il était libre.

Éva décida d’en parler à son amie France; les deux jeunes femmes avaient l’habitude de souper ensemble chaque semaine. Elle lui demanderait son avis.

C’est ainsi que le lendemain soir, Éva tendit la feuille de papier bleue à France. Elle attendit que son amie termine la lecture et lui demanda :

- Qu’en penses-tu?

-Wow! Répondit France, les yeux brillants. Qui, quand et surtout, comment?

- Qui? Je ne sais pas. Quand? La semaine dernière. Comment? Dans la vieille boite aux lettres qui est plantée près du chemin qui mène chez moi.

- Et que vas-tu faire?

- Je n’en ai aucune idée; dis-moi, toi que ferais-tu à ma place?

- Je commencerais par trinquer à ton admirateur secret! Et puis, je ne suis pas à ta place.

Ce n’est que lorsque le serveur leur apporta le plat principal qu’Éva revint à la charge.

-Tu ne m’as pas dit ce que tu en pensais.

-Mais Éva, ce qui importe c’est ce que toi tu en penses. Tu as l’intention de lui répondre? Quel effet cela t’a-t-il fait de recevoir cette lettre? Tu n’as vraiment aucune une idée de qui en est l’auteur?

- Non, justement. Et puis, comment sait-il où j’habite. C’est vrai que tout le monde se connaît dans ce patelin. Peut-être s’est-il renseigné sur moi? Et bon, tu imagines s’il ne me plaisait pas ou, pire, qu’il me déplaisait. C’est quand même délicat.

-Stop! Éva. Stop! Allons-y point par point. Un : Le mec a une belle plume et ne fait pas de fautes. Disons que ça augure bien. Deux : Il te vouvoie. Ça démontre un certain savoir-vivre. Trois : Il te demande s’il peut poursuivre sa correspondance. Ça indique qu’il ne veut pas t’importuner, donc qu’il ne doit pas être envahissant. Quatre : C’est tellement romantique! Il reste à trouver qui aurait pu t’écrire cette lettre.

- J’ai beau chercher, je n’ai pas croisé beaucoup de nouveaux visages récemment. Je t’avoue qu’un moment j’ai cru que c’était ce bel homme que j’ai aperçu à quelques reprises depuis le début de l’été. Surtout qu’il m’a souri à chaque fois. Mais la semaine dernière, je l’ai vu avec sa copine au supermarché. Tiens, c’est une ancienne flamme de ton Paul. La belle Mélanie.

- Ah! Je ne savais pas qu’elle avait mis le grappin sur quelqu’un. Il est comment son copain?

- Grand, mince, les cheveux châtains foncés mi-longs. Et vraiment mignon.

- Dis donc, tu me montres la lettre encore une fois?

Éva tendit la feuille à son amie. Celle-ci la relut attentivement et leva soudain les sourcils.

- L.D. Mais oui, comment n’y ai-je pas pensé avant. Tu me disais: grand, les cheveux un peu longs et mignon? Enfin, très très mignon?

- Euh, oui, c’est à peu près ça. Répondit Éva.

- C’est lui! J’en suis certaine! S’exclama France.

- Lui? Mais de qui parles-tu?

- Mais de Laurence. Laurence Dumas. C’est un ami de Paul. Il est revenu ici il y a deux mois à peine. D’ailleurs, Paul a soupé chez lui jeudi dernier. Et tu sais où il habite ce Laurence? Dans la maison voisine de la tienne.

- Oui, mais… balbutia Éva. Il a une amoureuse; j’ai vu la grande blonde qui l’embrassait. Je n’ai pas inventé ça.

- Écoute, Paul m’a raconté que Laurence avait parlé de sa rencontre inopinée avec Mélanie. Mais crois-moi, cette fille n’est pas sa copine et elle n’a aucune chance de plaire à Laurence. Je t’assure, trop de détails coïncident: les initiales, le coup de la boite aux lettres et le fait que ton admirateur indique qu’il vient de revenir au pays. Je serais prête à parier notre souper.

Une fébrilité s’était emparée d’Éva. Le reste du repas se passa joyeusement, France brossant un tableau de l’ami de Paul. Ainsi, Éva apprit que Laurence avait quitté le pays pendant une vingtaine d’années. Il avait travaillé comme formateur dans des entreprises qui œuvraient dans des pays en voie de développement. Puis, le Québec avait commencé à lui manquer et il était revenu dans la ville qui l’avait vu naître. Il habitait dans la maison de campagne de son père, tout près de chez elle. Il avait été marié, était divorcé mais n’avait pas d’enfant.

- Alors, tu vas lui répondre? Avait demandé France, à la fin de la soirée.

Éva avait regardé son amie qui n’avait pu que remarquer les étincelles qui dansaient dans ses yeux.

-Je vais y réfléchir encore un peu.

Mais France avait compris, au sourire d'Éva, que sa décision était déjà prise…

4 commentaires:

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

Ciel que j'ai hâte que tu termines ce cours et que tu oses publier premier roman...Ce sera plus confortable de te lire, assise confortablement...
J'aime beaucoup ta façon de jouer avec les mots... Bravo à toi!
xoxo

la suite a dit…

Je partage l'idée de l'Ange: assis sur la plage, soleil radiant, thé glacé et un livre de joie.
Assis devant un feu de foyer, panne d'électricité, tempête hivernale faisant rage, coupe de vin chaud....
OUI, nous voulons déguster les pages de votre premier livre.
Cadeau de Noël parfait, alors il vous reste 9 mois.
Bonne soirée et merci encore.

Le Scarabée a dit…

Nous devrions tous signer une pétition pour que tu commence enfin ton premier roman.... :-)

Le Scarabée xxx

Contes de Fée a dit…

@ Mon Ange,

Encore faudrait-il que j'ai une bonne idée. Que dis-je! Une excellente, formidable, mirobolante idée de roman. Mais bon, ça finira par arriver, enfin, j'espère!

@ la suite,

9 mois? Houlàlà! Je me remets au Ginkgo Biloba immédiatement!

@ Le Scarabée,

Euh, ta pétition, tu pourrais me l'envoyer une fois complétée? Et puis, tu pourrais pas charger je sais pas moi, $1 ou $2 par signature? Qui sait, je pourrais peut-être publier à compte d'auteur???

A moins que tu innondes les Éditions du Hamac de courriels ensorcelants afin que l'éditeur, complètement envouté, décide de me commander tout plein de contes de fées?