jeudi 1 avril 2010

Pas appât ...



Je ne sais quelle mouche piqua mes voisins aujourd'hui, mais tous, sans exception, brandirent pelles et râteaux et, comme mus par un même élan, se mirent frénétiquement à pelleter, jetant sur la chaussée la neige qui persistait sur leur pelouse. Ce furent les bruits de raclement qui me firent mettre le nez dehors alors que je taillais les corsages destinés à deux copines.

Étonnée par la vue de toutes ces têtes blanches ou grisonnantes qui, tels des galériens, semblaient suivre un même rythme, plantant leur pelle, la soulevant en ahanant, en lancer le contenu au loin avant de recommencer, encore et encore, je décidai d’aller questionner l’un d’entre eux.

- Bonjour! Dites, vous faites quoi au juste?

Ne recevant pas de réponse, je répétai un plus fort :

- Vous avez drôlement hâte à l’été, on dirait!

- …

- C’est une coutume? Vous faites ça tous les ans? Je vous dérange?

Tout autant de questions qui demeurèrent sans réponse. En lui parlant, j’avais bien remarqué que les autres voisins me jetaient des regards désapprobateurs, presque hostiles. Me souvenant à temps que chacun d’eux était un client potentiel, je n’insistai pas et me contentai de leur faire mon plus beau sourire avant de retourner chez moi.

J’avais beau tenter de me concentrer sur le patron que je dessinais pour l’amie virtuelle Petit-train-va-loin, je n’y arrivais pas tant l’image de toutes ces femmes et de ces hommes pelletant à l’unisson me hantait.

N’y tenant plus, j’abandonnai mon équerre ainsi que ma règle courbe et enfilai en vitesse un vieux legging, mes bottes de randonnée et un coupe-vent. Dans la remise, je choisis la pelle en plastique la plus légère et dont le manche était suffisamment long pour ménager mon dos fragile. Puis, sans un regard aux compères qui pelletaient toujours, je m’y mis également. Au départ, je trouvais un peu ridicule de me démener ainsi, surtout que la météo annonçait une température extraordinairement chaude pour le week-end à venir. Cependant, je crus que c’était là l’occasion idéale de me faire accepter des contribuables de mon quartier.

Au début, je me concentrai sur mes mouvements : plier les jambes, éviter les torsions, respirer, garder le rythme. Après quelques minutes, mon esprit devint léger et exactement comme lorsque je m’adonne à la peinture, le vide se fit en moi. Exit les corsages à coudre, les factures à payer, l’aspirateur à faire réparer et le raclage que j’allais devoir faire seule. Planter, soulever, lancer … planter, soulever, lancer … Je perdis la notion du temps, complètement. Planter, soulever, lancer …

Pok! Le bruit de ma pelle heurtant quelque chose fit éclater la bulle dans laquelle je m’étais réfugiée. Jetant un coup d’œil autour de moi, je vis que la lumière avait changé; au-dessus de ma tête, le ciel avait pris une teinte bleutée comme si le soleil s’était couché. Soudain, à mes pieds, je sentis quelque chose frémir. Du bout de ma pelle, je grattai le sol et, sous une petite couche de terre, j’aperçus quelque chose qui ressemblait à un tissage de paille ou de jonc. Je plantai ma pelle de biais pour le déloger lorsqu’un cri déchira le silence:

- Aille! Ouille!

Au fond du trou, la paille s’ébroua, et abasourdie, j’entendis :

- Sapellipopette, Honolable Fée! Votre lespectable pelsonne a lien de mieux à faile que de peldle son temps à éclile des balivelnes qui, sauf le vénélable lespect que je lui dois, se telminent en vulgaile queue de Poisson d’Avlil???
.

2 commentaires:

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

Que quelques mots: tu es vraiment géniale!!! Et moi, probablement ta "plusse" grande fan!!! (ben peut-être pas mais... une assez pas mal grande...)

Contes de Fée a dit…

Heureuse de savoir que ça t'a plu, mon Ange!

Moi, je m'étais qualifiée de "nono", terme affectueux utilisé dans ma famille. Mais "géniale", je trouve ça pas mal "plusse" euh... génial!

;O)

xxx