dimanche 7 février 2010

Roman café ...


Hier après-midi, l’irrépressible envie de sortir de chez moi et de voir du monde guida mes pas vers le centre-ville. Si ma première idée était de découvrir le Café de la Gare, je choisis ce petit bistro situé à l’intérieur du Faubourg Saint-Sauveur où je ne m’étais jamais posée et qui, l’été venu, ouvre sa jolie terrasse sur l’effervescence de la rue Principale.

L’endroit me plut immédiatement; une allure qui tient davantage du bistro que du café, un personnel accueillant et sympathique et un petit fond de musique qui met de l’ambiance sans casser les oreilles. Séparée par un mur, la place se divise en trois aires : celle du bar qui donne sur la rue et où se trouve le présentoir à sandwiches et à desserts; celle à droite de l’entrée, meublée de tables basses que choisissent sans doute ceux qui désirent avoir la paix, et finalement celle à gauche en entrant où sont disposés de hauts tabourets et leur table ainsi qu’un comptoir qui fait face au mur, lequel est percé d’ouvertures qui permettent d’observer ce qui se passe côté bar. Sans trop hésiter, je choisis le comptoir; la place était quasi inoccupée et j’allais pouvoir bouquiner sans me sentir bousculée.

Après avoir délesté mon plateau du latté et de la tranche de gâteau aux carottes et ananas, je sortis de mon sac un roman emprunté à la bibliothèque municipale. Écrit en 2000, «Les six degrés du désir» de l’auteur Marc Fisher me semblait de circonstance. Février n’est-il pas le mois de l’amour? Au moment où je j’apprêtais à escalader mon siège d’une hauteur vertigineuse, un homme s’avança dans ma direction pour prendre place à la seule table basse de la section, juste à ma gauche. Nous venions d’échanger un sourire et deux mots sur la taille de mon tabouret sur lequel j’avais réussi à grimper sans trop d’inélégance, lorsqu’une femme vint le rejoindre.

Malgré mes efforts de concentration pour suivre monsieur Fisher dans les méandres amoureux de ses personnages, j’entendis, sans écouter, des bribes de la conversation que tenaient mes voisins. Il était question de condo, de maison qu’il n’était pas sage de vendre pour l’instant, de choix que l’homme devait faire, d’avis qui ne semblaient pas pertinents et de commentaires que l’autre n’écoutait pas. Un instant, je me questionnai à savoir si ce couple était marié ou s’il s’agissait d’un frère et de sa sœur.

Je me replongeai dans mon roman et ne vis pas les minutes s’écouler. Ce n’est que 150 pages plus tard que j’émergeai des histoires de passions interdites, de désillusions, de désir qui s’émousse et des amours flous que vivaient Charles, père divorcé et éditeur, et sa fille Lisa, amoureuse d’un homme marié qui était son patron et celui de son paternel.

Au même moment, je vis du coin de l’œil la femme mettre son manteau et l’entendis annoncer à son compagnon qu’elle allait régler l’addition. L’homme se leva à son tour et, lorsqu’il passa derrière moi, je me tournai pour le saluer; il s’arrêta à ma hauteur et retira ses verres fumés. Son regard, d’un bleu presque délavé, s’attacha au mien le temps d’un instant. Il replaça une mèche de sa chevelure pâle et abondante, le visage éclairé d’un sourire un peu timide.
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«Je veux simplement vous dire que vous êtes très belle…», murmura-t-il.

Avec beaucoup de douceur, il déposa brièvement sa main sur mon bras, puis il remit ses verres teintés et se dirigea vers la sortie sans se retourner, pendant que, sous l’effet de ce charmant compliment, mes joues et mon front se coloraient d’un rose vif.

Vous voyez les filles? Il existe encore des hommes romantiques à notre époque! Des mecs qui ne craignent pas qu’on prenne leurs compliments pour des avances. Qui ne s'empêchent pas de nous faire la cour de peur de se voir traiter de derniers des Casanova ou qu’on crie «à l’aide» parce qu’ils jouent les Roméo.

Bon d’accord, le mien, mon Roméo, il devait avoir plus de 70 ans, mais n’empêche, n’est-ce pas un tout petit peu encourageant? Euh, non, vous ne trouvez pas? Honnêtement, moi non plus…


PS : C’est l’anniversaire d’un ami saint-pierrais aujourd’hui.
Bonne Fête mon Insulaire!!!
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5 commentaires:

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

Peu importe l'âge de qui ça vient, le simple fait d'attirer l'attention et les compliments revêt une certaine importance à mes yeux... Sans rien faire de plus qu'être naturellement toi, tu as impressionné cet homme... Imagines-tu le pouvoir que tu possèdes?...

Anonyme a dit…

Le bon goût s'estomperait-il avec l'age pour toi ? :)

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Zoreilles a dit…

Le charme, ça opère aussi bien sur les hommes, les femmes, les enfants, les ti chiens, les ti chats et peu importe que le compliment vienne d'un monsieur d'âge mur, ça fait toujours immensément plaisir. Je dirais même que ça fait plus plaisir encore parce que c'est désintéressé, gratuit et simplement généreux.

Anonyme a dit…

Bonjour à vous Sally-contes de fée,

C'est un billet qui vaut bien un commentaire de ma part. Exceptionnellement, ce mardi de semaine j'ai une opportunité de faire un peu d'internet, alors me voici pour mon commentaire.
Tantôt sur la rue, au sortir de mon habitation, une jeune dame me congratule d'un sourire pour me faire le compliment :«Vous avez un très beau chapeau monsieur.» Je me suis fais la réflexion par la suite :«Est-ce vraiment le chapeau ou est-ce le monsieur qui rend le chapeau joli?»
Cette jeune dame de quelque soixante-dix n'était pas trop mal non plus, mais je n'ai pas cru bon de poursuivre plus loin. Ça ne fait que le deuxième compliment que je reçois ainsi. Oui, il est bien agréable que la séduction soit un geste empreint de réciprocité.

Crépuscule, pour aimer écrire et... séduire ':)

Contes de Fée a dit…

@ Mon Ange:

Hum, oui... sans doute le pouvoir de plaire aux vieux messieurs. Je serais bête de m'en plaindre!


@ Anonyme:

Ça dépend... il n'est pas impossible que sur certains archipels le goût s'estompe graduellement... à partir du 46e anniversaire! ;O)

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@ Zoreilles:

Tu as (encore) raison! C'est toujours agréable de recevoir un compliment, que ce soit pour un travail bien fait ou pour la couleur de nos yeux!

N'empêche, je ne suis pas entièrement contre l'intérêt!


@ Crépuscule:

Bienvenue dans mon espace!

Oh! deux compliments pour le même chapeau! Il doit être diablement joli ce couvre-chef!

:O)