vendredi 22 août 2008

Dame Jacqueline ...


Au milieu des années 1990 la bâtisse qui abritait le célèbre restaurant Dame Jacqueline de North Hatley, était condamnée à être démolie. En lieu et place serait construit l'édifice qui accueilleraient entre autres, la boutique et galerie d'art Yvan Dagenais, portraitiste talentueux et réputé qui allait devenir, avec son épouse Chantal, des amis.

Avant sa démolition, Ex avait "acheté" la bâtisse et son contenu pour 3 jours. Il avait eu le temps de récupérer trois bains sur pattes, des portes françaises, des fenêtres et quelques feuilles de tôles embossées qui provenaient du plafond du fameux restaurant. Les fenêtres furent installées sur la façade de ma maison où jadis se trouvait la galerie extérieure. Deux feuilles de tôle carrées de 24 X 24 pouces trouvèrent leur place dans la cuisine, les bains et les portes furent vendus tandis que les autres tôles furent remisées dans la cave.

Il y a deux ans, lors du départ d'Ex, je fis un ménage monstre dans la cave mais je décidai de conserver les tôles au cas où…. Les espaces de rangement étant peu nombreux, j'empilai toute sorte d'autres "au cas où" sur les feuilles de métal: un paquet de bardeaux de bois, des tuiles extra pour le plancher de la cuisine, une vieille armoire qui cache une planche à repasser, l'antique chaise (en morceaux) de grand-papa, des tubes isolants pour les tuyaux, des goujons… Bref, je n'apercevais qu'un petit bout des tôles.

La semaine dernière, je réfléchissais à la façon de remplacer l'hideuse, cabossée et rouillée plaque de métal sur laquelle est déposé le petit poêle à bois du salon. Au printemps dernier je m'étais rendue dans un magasin spécialisé espérant trouver le même type de plaque qui, j'en étais certaine, ne me coûterait pas trop cher. L'homme qui me répondit avec un air un tout petit peu suffisant, me dit: "-Ça, ma p'tite madame, ça se fait plus depuis longtemps, mais je pourrais vous vendre ce modèle là …" et il me montra un truc composé de carrés de céramiques noirs, gris, bruns que je trouvais non seulement laid, mais imposant et à des lieues de ce que j'avais imaginé.

Je m'étais presque résignée à repeindre l'ancienne plaque et à la fixer à nouveau au plancher pour qu'elle arrête de retrousser dans les coins. Mais pour cela, il fallait que je décide une fois pour toutes de l'orientation du poêle. Mon salon est relativement grand; d'un côté il y a l'espace télé et vélo stationnaire. De l'autre, c'est celui qui accueille le futon-lit et où j'aime lire. Depuis que les vis ne retenaient plus la plaque au plancher, j'avais pris l'habitude, au gré de mes fantaisies, de pivoter le poêle pour l'orienter soit vers le futon-lecture, soit vers le petit fauteuil-télé. Et bon, j'aimais assez le principe.

J'allais bientôt être prête à débuter la restauration de la seconde partie du plancher du salon et décidément, le cas de la plaque me turlupinait. C'est alors que j'ai pensé aux tôles embossées. Je crus qu'en en combinant quelques unes, ce serait assez grand pour y déposer le poêle. J'avais justement un bout de contre plaqué ¾ qui pourrait me servir d'assise.

Je descendis à la cave et entrepris d'enlever tout ce qui était empilé sur les tôles. Et là… surprise! J'avais oublié qu'en plus des petites carrées, il y en avait des rectangulaires. J'en trouvai une qui demandait un minimum de restauration; sa superficie était suffisante et ferait exactement l'affaire. Je la vissai sur la feuille de bois et repliai ses rebords sur deux côtés. Chez mon voisin quincaillier, je dénichai des petites rondelles "Slide Glide" que je fixai sur l'envers du contre plaqué. Je garnis le contour d'une moulure de bois (trouvée aussi dans la cave) et enduis le tout de trois couches de peinture noire.

C'est la semaine prochaine, lorsque des amis viendront me donner un coup de main, que je saurai si j'ai réussi à relever le défi d'avoir un poêle pivotable.

J'imagine le sourire de Dame Jacqueline…

J'ai trouvé ce texte glissé parmi plusieurs autres. Pour vous éviter de devoir parcourir
le long article pour le trouver, je l'ajoute ici:


Tirés de L'Agora, vol 2 no 10 (1995)
Un survol de l'histoire du pain
par Hélène Laberge


"Celui qui fait germer deux épis sur un terrain vierge se rend plus utile à l'homme et à sa patrie que toute une ribambelle de politiciens."

"Le pain retrouvé
par Hélène Laberge


On assiste à l'heure actuelle à un phénomène étonnant: la création de boulangeries artisanales dans tout le Québec. L'Agora, fidèle à sa vocation de montrer les liens entre le présent et le passé, sans lesquels notre vie n'est qu'une succession d'instantanés, veut dans ce dossier rendre hommage à une pionnière du bon pain: Dame Jacqueline. Au début des années soixante-dix, à North Hatley, dans les Cantons de l'Est, Dame Jacqueline ouvrait une boulangerie-restaurant qui allait pendant vingt ans devenir un lieu d'attraction touristique pour les Européens aussi bien que pour les Québécois. Implantée au coeur d'un village depuis peu conquis par les professeurs de l'Université de Sherbrooke, mais fondé par les riches Sudistes américains, à qui il doit son admirable architecture, la boulangerie était elle-même un lieu historique: l'immense maison faisant face au lac datait du XIXe siècle et un de ses logements situés en retrait avait servi de prison! Ce restaurant, qui allait devenir l'un des fiefs de la campagne référendaire de 1980 par ses fameux déjeuners du dimanche, représentait pour Jacqueline Cusson beaucoup plus qu'une aventure gastronomique: il s'agissait de conquérir la clientèle locale anglophone, d'afficher les couleurs du français, de les faire respecter.

C'est ici que commence une histoire presque archétypale, celle du lien d'amitié qui a duré jusqu'à la mort, entre la grande dame de North Hatley, Emily Le Baron, dont la famille est implantée dans la région depuis la Révolution française, (le surnom de Le Baron avait été donné à l'ancêtre, un noble réfugié aux usa qui n'avait jamais révélé son véritable patronyme!) et Jacqueline Cusson. D'un côté la gentry anglaise, avec toutes ses qualités d'attachement au terroir et au patrimoine qui la rendent si proche des gens de la terre. De l'autre, le peuple québécois incarné dans une Gaspésienne expatriée à Montréal, ayant eu dure vie et travail acharné, mais ayant décidé, au milieu de sa vie, de s'enraciner à tout prix dans ce magnifique village.

C'est donc Emily Le Baron qui a acheté à Jacqueline son premier pain. C'est elle qui l'a fait connaître en l'offrant à ses amis. C'est elle enfin qui le matin du référendum est venue dire à Jacqueline: "What ever will be the result of the referendum, we will stay friends, wo'nt we?" Car Jacqueline, cette passionaria de l'indépendance, avait par amitié consenti à parler l'anglais! Le pain de Jacqueline! Qu'en dire d'autre que ceci: nous l'avons consommé tous les jours pendant vingt ans, toujours avec ce quelque chose qui est plus que le plaisir: le sentiment de l'achèvement. Il nous semblait éternel, ce pain. Il a disparu maintenant, comme la boulangère. Mais il renaît dans les boulangeries artisanales qui apparaissent dans les régions depuis quelques années. Nous vous en présentons quelques-unes en pensant que l'esprit de Dame Jacqueline a peut-être soufflé sur tous ces boulangers qui ont l'expertise, et ce brin de génie effervescent qui la caractérisait! Ce dossier sur le pain est donc dédié à la mémoire de Dame Jacqueline."

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